Guy Cabort-Masson (1937-2002)
« Les Puissances d’argent en Martinique-la caste béké »
C’est en 1982 que Guy Cabort-Masson qui disparût le 27 mars 2002, publia son livre, Les Puissances d’argent en Martinique. La Caste béké.
Dans la première édition, l’auteur, infatigable militant indépendantiste, avait travaillé la dichotomie domination interne, la domination économique de l’ethno-classe béké/domination externe, la domination politique de l’Etat français sur la Nation-Martinique pour mieux comprendre la dépendance politique, économique et sociale de la société martiniquaise. Le travail de Guy Cabort-Masson procédait de l’analyse historique ; chemin obligé pour comprendre une formation sociale qui, dès l’origine, était toute déterminée de l’extérieur. Pour Cabort-Masson, cette caste béké était bien le relais historique de la domination française. C’est pourquoi il avait étudié méthodiquement jusqu’aux styles de vie intime de la caste, les relations matrimoniales (les mariages intracommunautaires) qui attestaient d’une endogamie caractérisée pour montrer qu’en dehors de la sauvegarde d’un capital financier transmis depuis les propriétaires de la plantation esclavagiste, le but était de pérenniser une domination politique. Cette collusion entre Etat français et caste béké, plusieurs fois dénoncée, a récemment été étalée par les békés eux-mêmes dans un film-documentaire.
Un travail de dix années de recherche, tellement l’ethno-classe restait en dehors de la société Martinique, qui était le premier à montrer le double héritage béké ; avant G. Cabort-Masson, une canadienne Edith Kovats Beaudoux avait publié, LES BLANCS CREOLES DE LA MARTINIQUE - Une minorité dominante, mais cette étude sociologique avait négligé les corrélations, pourtant abondantes, entre "capital financier" et "capital racial". Ce double héritage était la condition sine qua non du statut béké ; d’une part, un "capital racial" qui contaminait l’ensemble des relations sociales en Martinique et bloquait tout changement social et d’autre part un capital financier, transmis depuis les premiers esclavagistes et sans cesse gonflé par les subventions européennes qui développait la dépendance de la Martinique.
Un béké n’est donc pas, essentiellement, un individu de phénotype européen né et ayant grandi en Guadeloupe et/ou Martinique. Cabort-Masson l’avait bien compris, d’autant que la quasi-totalité des familles de Guadeloupe et de Martinique compte au moins un membre de phénotype européen (caucasien si tu veux), hors chaben, chabin-kalazaza san papiyot, pòpot-lacho, lapen-chode, etc. Les saintois de Guadeloupe pourtant de type européen ou les matiyon des Grand-Fonds du Moule, supposés apparentés au Prince de Monaco, sont-ils des békés pour autant ? Les déshérités ou expulsés de l’ethno-classe pour exogamie, sont-ils des békés ? Non. Le livre de Cabort-Masson abordait toute cette complexité des phénotypes antillais, par une analyse historique, d’un ton polémiste et résolument provocateur, tellement cette notion de "race", est absurde et surtout surannée.
Le mot béké, tout droit sorti d’un réflexe occitan "ben que/ben quoi" pris en dérision par les enfants de la deuxième génération d’africains arrivés en Martinique, ne définit pas une "race", la "race" est une excroissance de la paranoïa européenne, ni même une culture (les békés n’ont jamais été des lumières intellectuelles pour créer ou faire circuler serait-ce qu’une subculture) mais bien une survivance de la plantation esclavagiste européenne en Amérique. Ceci pose l’urgence d’un suicide collectif béké, en tant que communauté, comme l’avait souhaité Guy Cabort-Masson, à l’époque, comme l’a proposé le président du PALIMA (Parti de Libération de la Martinique), récemment sur une radio française en Martinique. J’ajoute un petit conseil perso, si zot le ale pi nolfok, anfwa, bwa pou ale yonn-pou-yonn, yonn-dèyè-lot, se pa makrey-natifnatal Wanakera ke plere. Et pour nos amis européens qui ne comprendraient pas cette langue salutaire qui refuse l’épreuve de la traduction immédiate parce que traduttore, traditore nous présentons de modestes regrets, leurs congénères békés comprendront aisément, enfin ceux qui arrivent à passer l’obstacle de la lecture de la langue de Wanakera.
Car enfin, réunir 650 signatures en quelques heures (alors que 300 signatures furent péniblement collectées pour l’agrément d’une loi de la République Française faisant de l’esclavage et de la traite euro-atlantiques un crime contre l’humanité) pour engager des poursuites judiciaires contre trois jeunes internautes, doucement acculturés, pour l’utilisation abusive d’un verbe d’action de la langue martiniquaise, koke, (c’est sans doute une mauvaise traduction/adaptation du verbe "niquer") montre bien la persistance du délire raciste, féodal qui jadis, condamnait au fouet tout nègre portant un regard doucereux sur la péripatéticienne des ports du Havre, de Bordeaux ou quelque grande ville européenne, embarquée dans une aventure américaine pour blanchir une mauvaise vie. "Koke dou akouche pa dou", répétions nous dans les libertés de l’adolescence pour signifier que les plaisirs de l’amour sont toujours passagers. Koke n’est certainement pas violer. En langue de Martinique, les créolistes toujours fébriles écriraient, "en langue créole", violer se dit dekale, dekatje, dekoukounen, depotjole, dekare (Gwadloup), pete-bonda, fè kadejak sou (Ayiti), foule-kaka (sodomiser), anviyole, etc. C’est dire la difficulté de ces bonnes gens, totalement arriérés, à sortir de la sous-culture du viol qui circulait massivement dans les plantations esclavagistes puis coloniales. Ces ridicules tentatives de poursuites judiciaires n’attestent-elles pas d’une prétention à un droit de vie et de mort sur le "nègre martiniquais" ? Faut-il rappeler ici tous ces assassinats pour lesquels les auteurs békés n’ont pas eu à faire une journée de garde à vue. Cette grossière tentative de manipulation de la justice, n’est-elle pas la preuve que l’ethno-classe est sûre de l’appui de l’Etat français? Qu’est qu’un béké dans ce 21e siècle où les individus, même les plus arriérés, ne vivent plus une identité raciale mais bien une/des identités culturelles ouvertes ?
Analysant la collusion Etat français/caste béké, le sous-titre du premier livre est bien l’apartheid discret de la France aux Antilles, Guy Cabort-Masson avait montré l’absurdité de la racialisation des relations sociales, en Martinique. Et si la revendication politique d’indépendance nationale qu’il a portée toute sa vie, était, et est encore parfois, rejetée comme une grande misère sans retour c’est bien que cette ethno-classe béké n’a jamais pu se projeter, comme bourgeoisie nationale à l’instar de ceux de Barbados, par exemple, et plus loin, comme acteur d’une économie martiniquaise.
1- Un vestige de la plantation esclavagiste puis coloniale.
G. Cabort-Masson écrivait la "caste béké". Les registres de l’état civil ont trahi cette forte endogamie qui avait amené Berthe Y à épouser X, le neveu de sa mère, par exemple. Il avait relevé plusieurs cas dans les histoires intimes, béké. C’est cette endogamie sur laquelle toutes les da de la Martinique et mabo de la Guadeloupe ont conté dans la nuit tombée en un seul or, qui a imposé la notion de caste, pourtant propre au pays indien. L’idée de caste renvoie dans le texte de Cabort-Masson à une idéologie du pur et de l’impur sur laquelle il ne s’attarde pas mais qu’il dénonce au passage sous les traits d’un racisme endémique. Les propos tenus récemment dans un film-documentaire s’inscrivent dans cette idéologie du pur et de l’impur.
Cette notion de caste lui permettait d’étudier, certes de manière linéaire, la reproduction de l’idéologie coloriste dans l’ethno-classe béké mais également, la contamination de la société martiniquaise. Guy Cabort-Masson avait savamment montré comment cette idéologie coloriste vicieuse et certainement viciée parce qu’il n'y a pas eu un Etat autochtone pour l’accorer, avait envahi toute la société-Martinique, je préfère écrire formation sociale Martinique. Interlocuteur privilégié d’un Etat allogène, par proximité phénotypique, les békés occupaient le haut d’une échelle sociale/raciale qui se noircissait à mesure qu’on descendait les barreaux.
C’est que la plantation esclavagiste puis coloniale-départementale, puisque nous sommes encore dans une économie de comptoir ou dans une vaste plantation-Martinique, plantation-Guadeloupe, il n’y a pas un Etat guadeloupéen et/ou un Etat martiniquais, n’a pas généré une lutte des classes qui eut servi de moteur de l’histoire et transformé cette minable plantocratie en une bourgeoisie, même compradore. Cabort disait "mawksizm-leninizm la ka di’w" et le monde semblait s’emplir d’une intention politique toujours renouvelée.
2- La collusion Etat français/ethno-classe béké.
Guy Cabort-Masson était un militant indépendantiste, ceux sans qui ces pays ne sortiraient jamais de leur pitoyable condition de paradis de "doudous à prix doux". Ce sont les indépendantistes qui ont créé cet espace politique original qui a pu fonctionner comme un contre-système, et qui a projeté ces peuples, les arrachant temporairement à leur destin de mendiants d’alignement social. Par son travail théorique, Guy Cabort-Masson avait cherché à dépouiller toutes les solidarités entre l’Etat français et l’ethno-classe béké. C’est pourquoi il opta pour une lecture historique qui s’arrêtait longuement sur les moments de conflit. Et puisque tous les grands mouvements de revendication sociale du 20e siècle se sont terminés par une fusillade alors l’historien avait une bonne réserve de faits pour montrer cette collusion.
La grève du François, en février 1900, où 10 grévistes furent tués ; la fusillade de Bassignac en 1923 où les usiniers et gendarmes ont tiré sur les grévistes, 2 morts et plusieurs blessés ; la marche de la faim de février 1935, plusieurs blessés ; la tuerie du Carbet, 4 mars 1948, 3 morts et une dizaine de blessés, la fusillade de Chassin en 1951 où une centaine de gendarmes conduits par le béké G. Hayot ont tiré sur les grévistes, plusieurs blessés ; la fusillade du Lamentin, 24 mars 1961, après que le béké R. Aubéry eut appelé les gendarmes, trois morts et cinq blessés ; les deux morts et cinq blessés graves de Chalvet, lors de la grande grève de janvier-février 1974 ; autant de faits qui validaient la collusion, Etat français/caste béké. Guy Cabort-Masson écrivait, "l’Etat français fournissait le bouclier militaire".
L’autre volet du compérage c’est la politique de subventions ; ici les prêts sont transformés en subventions par un simple coup de fil. La redistribution de ces subventions inlassablement dénoncée par les petits planteurs non-béké montre qu’il s’agit d’une affaire entre békés. Pour Cabort-Masson, les békés étaient de simples exécutants d’un ordre parisien, ils plantaient ce que les gouvernements ordonnaient. Ils ont longtemps planté banane.
3- Une bourgeoisie martiniquaise impossible.
Pour Guy Cabort-Masson, ces descendants des premiers défricheurs avaient cultivé un "attachement féodal" à la terre et même lors des périodes de déconcentration de la terre (colonat partiaire), liées aux cycles de crise du marché du sucre, il n’y avait jamais eu de réforme agraire, la plantocratie trouvait, avec l’aide de l’Etat français, des subventions et un moyen juridique d’envisager une re-concentration de la terre. Le seul mérite de la plantocratie, d’après Guy Cabort-Masson, c’était qu’elle avait été un rempart contre l’émiettement des surfaces agricoles.
Le scandale du chloredécone a, quelque part, démenti cet "attachement féodal". Il a montré une plantocratie peu soucieuse de la terre et des générations futures mais surveillant du coin de l’œil les droits aux subventions qu’une exploitation de la terre pouvait ouvrir. Edouard Glissant avait parlé de "production prétexte" au sens où ces productions donneraient droit à des subventions que la plantocratie investirait ailleurs, dans d’autres secteurs, surtout le tertiaire, d’autres pays.
Guy Cabort-Masson n’avait pas bien anticipé ce welto pour attraper des subventions mais avait bien compris l’impossible mutation béké, son utopique transformation en bourgeoisie martiniquaise. Ailleurs, de Barbados (par sa structure sociale c’est le pays jumeau de la Martinique) à la Dominicanie, toute Caraïbe, sauf Haïti et la Jamaïque, jusqu’aux Amériques du Sud, les descendants des grands négociants se sont faits bourgeoisie mercantile, compradore puis bourgeoisie industrielle, même bourgeoisie nationale, jusqu’à, dans certains cas, travailler une substitution aux importations ; en Martinique, ces descendants ont plante-bannann.
Les mouvements sociaux de Guadeloupe et Martinique ont mis au jour un vestige de la société coloniale française, l’ethno-classe béké. Seule composante de la population martiniquaise à se déclarer, "communauté" (le mot communauté souffre toujours d’un adjectif qualificatif) ils n’ont aujourd’hui qu’une seule alternative, disparaître puisque le monde est totalement ouvert. Finalement, cette histoire pathétique va se savoir. Le livre de Guy Cabort-Masson, les puissances d’argent-la caste béké, indiquait déjà cette fin inéluctable d’une minorité arriérée qui n’a jamais su/pu habiter le pays-Martinique.
Simao moun Wanakera
Guy Cabort-Masson, Les Puissances d’argent en Martinique. La caste béké.
Editions Voix de Peuple, Saint-Joseph, Martinique, 1982.

Dans son livre "Martinique, Comportements et Mentalité" réédité en 2003, il a écrit: "Il y a des martiniquais qui se font passer pour révolutionnaires parce qu'ils empêchent un représentant du racisme métropolitain de débarquer au pays...alors que ces révolutionnaires ne luttent pas du tout contre la caste béké qui est le racisme en béton armé, plus concret, plus réel". A méditer
Rédigé par : Yich E. Lakay | 27 mars 2009 à 17:13
Lyannaj pou an lot Matinik
samedi 28 mars, 19h-21h, Grand Carbet (FdF)
> Recueillir les compétences qui participeront à l'organisation
du Gran Sanblé Matinik
> Recueillir les propositions qui construiront la
Martinique de demain
>> Initiative Mouvman Gran Sanblé (MGS)
Rédigé par : MGS | 28 mars 2009 à 17:54
Ou obiyé André Aliker èk tout sendikalis yo tjwé oben yo éséyé tjwé.
Rédigé par : Pitit Telga | 28 mars 2009 à 21:26
Fout zò rèd èvè sé béké a zò la. Apré yo ka vin' sistrayé nou Gwadloup. Cabort-Masson sé té on vayan moun menm, fo-w ba nou tout bibliografi a-y konnéla.
Rédigé par : Ras Michel Gwadada | 29 mars 2009 à 05:35
Hi brother ! béké from Nembe (yoruba language) bękę and it means something like yellow in colour. One funny day brother.
Rédigé par : Koffi | 29 mars 2009 à 11:57
Il a écrit 10 autres livres, tu les as oublié ou quoi ! Il y a même un roman policier : "Qui a tué le béké de Trinité ?". Monsieur Michel il s'appelait.
Rédigé par : Catherine des Mornes | 29 mars 2009 à 12:45
Quelle domination ? Les gens sont heureux non !
Rédigé par : ponm kannel | 31 mars 2009 à 11:10