Nan sistenm-lang Matnik la
Kannaval

Divini Wanakera

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Septembre 1870, une naissance au politique.

Nous adhérons totalement à l’initiative du MODEMAS autour du Gawoule-Sèptanm-70, –woulo, èk an bay menm dèyè’y-. Et si toutes les organisations souverainistes et patriotiques (associations politiques, culturelles, syndicales, sportives, de promotion de la langue martiniquaise, de défense de l’environnement, de développement de l’agriculture, aquaculture, pisciculture, de jeunes, des milles recettes du fouyapen, de recherche sur la reproduction des chadron blan, des djibi, sokan et touloulou, de développement des énergies renouvelables et toutes les autres) participaient  à cette initiative, alors le pays Wanakera initierait là, pour la deuxième fois, un en-aller dans les chemins de l’histoire. Le Gawoule-Sèptanm-70 n’est rien d’autre que la première et seule fois où la Martinique a fait corps avec  l’histoire, l’acte fondateur du peuple martiniquais. C’est ici pour la première fois qu’une population, en large majorité, descendants d’africains outragés s’était projetée en tant que communauté de destin, en tant que communauté politique, martiniquaise démontrant là son aptitude à la mobilisation et son habilité à entreprendre cet inventaire des ressources naturelles, politiques, culturelles, spirituelles, humaines, matérielles et militaires qui marque, dans toutes les populations de la terre, l’avènement de la conscience politique, l’éclosion du peuple. Il y avait là, un projet politique clair -instaurer une République Martiniquaise-, une stratégie militaire, un symbole de ralliement, un centre de commandement, bref tous les attributs d’un projet politique. Même si les opérations militaires furent limitées au sud et, en partie, au centre du pays, il y avait chez les dirigeants L. Telgard, E. Lacaille, Lumina Sophie, A. Villard, D. Bolivard, une volonté d’impliquer tout le pays et de laisser un témoignage aux générations d’après (nou menm lan) de sorte qu’elles puisent dans cet acte fondateur du peuple martiniquais les ressources politiques nécessaires pour construire une dignité, une originalité martiniquaise, de sorte qu’elles trouvent là une substance martiniquaise pour entreprendre le devenir peuple. La mobilisation politique a occupé tout le territoire martiniquais malgré le cordon militaire qui a coupé le pays en deux, en son centre. Par exemple l’affaire Lagrange, Saint-Pierre, novembre 1870 découle directement du Gawoule-Sèptanm 70. C’est donc un moment politique fort de l’histoire de notre pays, un moment unique de mobilisation populaire en vue d’un accès aux ressources politiques, culturelles, etc. Septembre 1870, « yo koupe koko Kode », c’est surtout le premier acte de renversement d’une hiérarchie raciale scélérate, le premier vrai « crime » en commun, crime fondateur, au sens des psychanalystes. C’est cet acte là qui signale le passage d’une conscience « raciale » puis/et historique vers une conscience politique, d’un « nou nèg ginen yich kontinan afritjen ki pase pas anba djakè-siplis la », vers un « nou pèp Wanakera sanble pou pete chenn peyi a, anfwa ». Il nous invitent, nous débarrassant de la fausse conscience « raciale », à continuer cette « espérance tèlgarienne » d’une République Caribéenne de Wanakera, bref cette nécessité d’un pouvoir politique martiniquais, totalement rationnel qui casserait l’infantilisation politique dans laquelle l’état français et ses sbires locaux, signataires de pactes suicides dits de réconciliation, nous ont enfermé et nous enferment encore aujourd’hui. Un pouvoir politique martiniquais qui nous sortirait de cette négritude qui, ni conscience raciale à proprement parler, ni une conscience historique et certainement pas une conscience politique, fossilise. Un pouvoir politique martiniquais qui exploserait (man espere, fout) la domination politique, culturelle et la domination économique interne (et … les mauvaises manières «d’apartheid» qui sévissent encore) quotidiennes qui bassinent le pays avec ces airs malsains d’une mère-France éternelle, d’un hédonisme zombifiant. Un pouvoir politique martiniquais qui refroidirait  définitivement la violence quotidienne.

Un Réseau d’Intérêts Martiniquais

Cette initiative du MODEMAS souligne deux urgences, d’une part revisiter l’histoire martiniquaise pour établir une distinction franche entre ce qui est de l’ordre de la revendication  politique (le Gawoule Sèptanm-70, la mobilisation politique de déc. 59, l’OJAM) et ce qui, dans l’histoire de la Martinique, participe de la revendication d’une émancipation sociale et/ou d’un mieux-être matériel (la quasi-totalité des révoltes antiesclavagistes des XVIII et première moitié du XIX è siècle ; toutes les grandes grèves du XX è siècle, il faut dénoncer la répression sauvage, parfois des dizaines de victimes, qui a donné un caractère éminemment politique à la revendication sociale) ; d’autre part le positionnement du 22 Me comme fête nationale célébrant toutes les résistances à l’esclavage mercantile américain et non plus, une main tendue de quelques « amis des Noirs », une abolition généreusement signée sous les lames aiguisées des koutla-bonda-mate et les danmlankantanm des tambours-ladja. Il faut deux fêtes nationales, le 22 Mé (acte et lieu de naissance de la Martinique en tant que nation) et le 24 Sèptanm (jour fort du Gawoule, dans la nuit du 24 Septembre L. Telgard passe sa troupe en revue, crée les trois bataillons –moun ka foute fizi an tjou moun, moun ka voye wòch, èk moun ka sanble wòch, voye dlo piman- c’est également la nuit de la généralisation des incendies d’habitation, c’est dans la nuit du 24 septembre que le Gawoule-Septanm 70 coupa le koko de Codé, yich man Bans) comme acte et lieu de naissance du peuple martiniquais. Je distingue le peuple, (communauté de destin -potomitan de la circulation des ressources politiques-) de la nation, (communauté de mémoire -socle spirituel et culturel-) ; ceci fait que le Gawoule-Sèptanm 70 doit être une fête essentiellement politique qui célèbre le Peuple Martiniquais, le Premier Acte politique Martiniquais, la Première République Martiniquaise (woy, « Martiniquaise » la ka tòtòy mwen konsayeya), la Première République de Wanakera, fout sa dous… dann. Il faut comprendre que partout dans le monde, de tous temps et en tous lieux, ce sont les générations d’après qui donnent du sens politique aux faits historiques. Il faut donc, pour célébrer le Gawoule-Sèptanm 70, une structure qui dépasse le seul MODEMAS.

Il y a quelques années, j’avais proposé de créer un vaste Forum martiniquais composé d’acteurs politiques (essentiellement les organisations indépendantistes et quelques-uns des anticolonialistes –engagement individuel- qui militaient dans les partis autonomistes), d’acteurs culturels (Troupes théâtrales, compagnies de danse, groupes musicaux, tanbouye et danmyetè, moun bèlè, entreprises de production audio-visuelle, conteurs et maîtres de la parole, etc),  d’acteurs socio-économiques (des entreprises martiniquaises dont les dirigeants exaltent une conscience politique -betje a pa adan fout-, des syndicats non alimentaires, des associations de promotion et/ou de défense des ressources naturelles renouvelables ou non renouvelables, des propriétaires de tonbe-leve, sennatè èk moun lanmè, yolè, de groupes de recherches scientifiques, etc.), d’acteurs sociaux (jeunes martiniquais, associations d’étudiants, associations de lutte contre l’alcoolisme, associations d’anciens pétrolèt,  associations de lutte et prévention du krak-cocaïne-ronm,) et peut-être même d’associations martiniquaises extraterritoriales et d’individus conscientisés non engagés dans un parti politique. Ce forum qui pourrait se présenter sous la forme juridique d’un groupement d’intérêts économiques (G.I.E), travaillerait à entreprendre un inventaire des ressources naturelles -renouvelables et non renouvelables-, humaines, spirituelles, matérielles, politiques, culturelles, et à définir une politique de gestion puis de développement de nouvelles ressources martiniquaises. Un tel Réseau d’Intérêts Martiniquais que j’appelle depuis quelques temps, allez savoir pourquoi, la République Caribéenne de Wanakera, (Martinique est un nom colonial, fout, mais tu peux le nommer République Tèlgarienne de Martinique) organiserait chaque année ces deux grandes fêtes nationales, en attendant qu’un Etat wanakeren ou martiniquais en fasse son point honneur, son adoumanman tou. Elle, la RCW ou RTM organiserait également des koudmen aux agriculteurs, des lasotè, des lèskap, campagnes d’informations et mobilisations ponctuelles sur des problèmes politiques, économiques, sanitaires, et sociaux, des voyages d’études dans l’espace caribéen (ale wè ki tèknik moun Kouba leve pou fè savon èk lapo mango, ki kalanmplan moun Brezil katjile pou fè loto woule epi alkòl kann lan), des randonnées -monte mòn, desann nan koule, letjete nan lawvyè, benyen lanmè- bref tout ce qui entretient et favorise un vivre ensemble, un savoir-faire pays, un savoir-être dans le pays, une parfaite connaissance du pays et de son environnement géopolitique (an mi se isiya la Kode te ka sere lè ranboulzad la tjenbe’y... mi se sa ki an kayimit, moun jenerasyon douvan te sèvi èk se grenn lan pou kore djabèt, Amerendjen Yukuna atè Kolonmbi pran lèt la pou djeri lèwni ; mi pwason tala moun kriye kalikabou yo ka fè soup oben souskay epi’y, se pa menm epi an bayòl –gwo sirizyen ble- eti moun te ka brè dlo bouyon’y pou bese tansyon), et aussi des écoles martiniquaises (sciences politiques, sciences de la terre et risques majeurs, biodiversité, développement durable, énergies renouvelables, sciences de l’information et de la communication, civilisation caribéenne et arts caribéens) où la langue martiniquaise prendrait paroles sur son devenir, ses forces et faiblesses, sa graphie, sa syntaxe et autres règles de grammaire, revisiterait ses langages, réinventerait une écologie de la langue de sorte que « an galè » soit une méduse pour tous de Grand Rivière à Saint Anne, en passant par Anchètin, Morne-des-Esses, Sainte-Marie. En un mot, un projet politique qui mobiliserait toute l’énergie des militants pour aboutir à une différenciation sociale, puis une division/spécialisation du travail militant qui à moyen terme construirait une culture politique martiniquaise et à plus ou moins long terme conduirait à la dissolution des petites collectivités territoriales coloniales françaises. C’est cette division/spécialisation du travail militant qui a dû faire défaut à la République tèlgarienne, une socialisation politique dont les premières lignes esquissées n’ont pas permis de sortir des faiblesses de la spontanéité (lire dans les damnés de la terre de F. Fanon). L’avènement et l’aboutissement d’un Réseau d’Intérêts Wanakéren –euh Martiniquais- nécessite une forte discipline et une grande cohérence internes. C’est d’ailleurs la cohérence d’un tel groupement et d’un tel projet qui ouvrirait les possibilités d’une socialisation politique, les portes d’un devenir caribéen dans cette Martinique sous les vents de la mondialisation qui font cyclone en l’absence d’un pouvoir politique autochtone.  

Un nouveau contrat politique.

La notion de réseau est une notion moderne en ce sens qu’elle est en phase avec le principe d’auto construction de soi que la modernité sculpte chaque jour. Ti Aton, mussieu Ti Aton peut, parfaitement, réussir sa vie (spirituelle et matérielle, kafounatal tou) malgré l’effondrement programmé de sa communauté d’origine. Ti bolonm man Siltiz la pe rive lekòl, fè dòktè nan fizik kwantik oben nan langannistik menm si manman’y èk papa’y pa te sa doye an « a » èk an « o » nan lang moun Wanakera oben nan lang franse, menm si an menm balan an, se tjenz frè èk sè’y la pa fè pli lwen ki CPPN, afòs matebis. La modernité, mieux, l’hyper modernité et l’avenir ouvert qu’elle travaille, favorisent simultanément l’autonomie et l’hétéronomie des acteurs sociaux. Les ressources gagnées par une génération peuvent être dilapidées ou perdues par une/les générations suivantes. Plus nous entrons en modernité, plus les individus se détachent des ressources martiniquaises (la langue, la culture, l’environnement, les voisins, leurs sœurs et frères, leur pays en un mot) et plus ils deviennent accros à une subculture française (celle du 9.3 avec son pendant akondi an mèch larim oben tjèk java plen lapòstim, « Madinina 97-2 ») et/ou à une trans-culture euro-créole qui reste totalement enchaînée à la domination politique, culturelle, économique et « raciale » des XVIII et XIX è siècles. Plus nous entrons dans cette hyper modernité et plus nous plantons banane, tinen-pòyò dans le chloredécone que sème le béké féodal au petit cerveau affairiste et maladivement mercantile.

En l’absence d’une autorité politique et pour répondre à cet élan d’individualisme qui « depotjòl », déterritorialise le pays (moun akokitay « Dwèt douvan » ka peye pasay Boyin 766-400, janbe loseyan Atlantik pou ale wè l’OM-Marsèy ka matche epi Paris SG, twa gòl pou yonn, yo kriye sa « la continuité territoriale »), le réseau est l’espace relation recommandé pour re-territorialiser (pis pa ni p’an gouvèlman lakay), en tout cas ce qui peut redonner un éclat aux ressources martiniquaises, réactualiser des éléments politiques, matériels, culturels, spirituels afonctionnels et/ou marginalisés, relever les petites têtes, permettre une mobilisation des ressources pour construire un projet. Il n’y a pas de réseau sans projet.

Le projet suppose un contrat au sens d’un pactum societatis (pacte d’association), un contrat social au sens de J.-J. Rousseau, où les individus abandonneraient « l’état de nature » pour « l’état social », dans notre cas, l’anarchie de l’aliénation culturelle, de la négritude zombifiante et de la domination politique pour la culture politique martiniquaise, pour la conscience politique, pour se constituer en corps social. Se constituer en corps social martiniquais c’est entreprendre, plus loin, plus tard, un pactum subjectionis (pacte de soumission) ou contrat de gouvernement par lequel les martiniquais ouvriraient les chemins du devenir politique en transférant leur souveraineté aux organisations patriotiques et souverainistes constituées en réseau. Ces dernières s’engageraient à exercer la souveraineté et à sauvegarder, les droits du peuple et des individus.

Trois attributs circulent autour de la notion de contrat, premièrement l’autonomie des parties. Même si cette autonomie s’étiole de nos jours, compte tenu de la densification et de la complexité de l’information et de l’inégalité des moyens d’accès à l’information, la « fracture numérique » (courtoisie française) elle reste la condition sine qua non (potomitan) à la réalisation d’un contrat « politique ». Le deuxième attribut c’est celui de la permanence de l’égalité et de la solidarité entre les partenaires. Pour qu’il y ait réseau il faut une implication totale de tous les partenaires. Le troisième conjuguerait utilité sociale et justice contractuelle.

Le contrat est un accord de volonté qui stipule des droits et des obligations, c’est pourquoi chacune des organisations qui participeraient au R.I.M., devrait trouver l’assurance d’une pérennité (par obligation d’échange) et d’une productivité maximales. C’est la volonté des parties qui donnent force au contrat et en retour, cette participation renforce, théoriquement, l’autonomie de chacune des parties. Ainsi, chacune des organisations qui participeraient à un Réseau d’Intérêts Martiniquais produirait davantage de ressources qu’une association gobant les subsides des collectivités territoriales clientélistes françaises car les associations du réseau seraient plus efficaces en terme d’accès à l’information, elles pourraient mettre en commun des moyens matériels et humains pour accéder aux ressources martiniquaises, elles évolueraient dans un environnement relativement pacifié puisqu’elles seraient reconnues par leurs pairs. Or la maîtrise de l’information est capitale pour survivre dans la modernité. C’est en ceci qu’un Réseau d’Intérêts Martiniquais renforcerait les associations martiniquaises qui y participeraient, installeraient définitivement, une grande partie des acteurs dans la conscience politique, toujours au sens fanonien du terme.

Construisant leur projet, les associations martiniquaises érigeraient une éthique d’égalité et de solidarité qui fonctionnerait à la fois comme un règlement interne et une hiérarchie des normes et valeurs du réseau. C’est le projet, d’abord dans sa construction puis dans sa mise en œuvre qui initie cette éthique d’égalité et de solidarité. Un projet qui n’est pas encadré par quelques institutions coloniales et soumis à la critique rongeuse de quelques sous-ministres français, ou préfet gonmyerolâtre –nou koule-, un projet qui va au plus loin dans une logique de rupture de la dépendance, peut refaçonner les organisations qui l’ont élaboré. Plus loin, il donne une nouvelle conscience –une conscience politique au sens fanonien toujours- aux hommes et femmes qui forment l’association et un nouveau profil aux associations elles-mêmes en ce qu’elles sortent de la dépendance et de l’extraversion et rentrent dans une interdépendance et une dynamique caribéennes. Le projet associatif classique se cantonne à la simple défense ou promotion de quelque ressource, quelque pan du patrimoine. Dans le cadre du réseau, le projet prend en compte tous les secteurs de la société, tout le patrimoine. C’est que le projet ne peut être mis en œuvre sans un inventaire des ressources. Par exemple, dans le cadre d’un réseau, tous les acteurs socio-économiques auront, lors de la construction du projet, reconnu le fait syndical martiniquais, (se pousa betje a pe pa adan’y, se pa an ras moun se an krèy sosyal isiya la) et contribueraient à la pacification donc à la densité des rapports sociaux dans le réseau dans un premier temps et dans la société globale plus loin, plus tard. Ils contribueraient également à la sortie de la culture du conflit social et à  l’entrée dans une culture politique martiniquaise totalement partagée.     

L’autonomie des acteurs sociaux dans le réseau devrait permettre comme une déconstruction/reconstruction permanente des solidarités, créant là une dynamique politique, sans que l’égalité entre les parties en pâtisse. C’est dans ce processus qu’une utilité sociale (qui aboutit –man se le tann sa- à une culture du pouvoir politique, économique et social) et une justice contractuelle prennent forme. L’utilité sociale ici c’est cette capacité du projet à impliquer tous les partenaires du réseau puis quand la cohérence interne atteint son paroxysme, tous les acteurs (en tout cas la majorité, pis nou pa’ay janmen tire agoutans lajan an nan tèt kaka kalbas betje a), la société globale. Cette utilité sociale devient réalité dans le processus même de mise en œuvre du projet. Il faut donc que l’égalité entre les partenaires reste stable et qu’une justice contractuelle soit effective. Si un conflit entre partenaires était mal négocié, si une remise en cause de quelques clauses du contrat durait alors c’est tout le réseau qui s’effondrerait. La République Telgarienne de 1870 avait, dans la générosité de ses premiers combats, initié un espace de solidarité immédiate qui impliquait tout le monde, sans véritable hiérarchie ; le RIW doit pouvoir, dans la modernité qui, tous les jours, gonfle les vents d’ailleurs, repenser une solidarité martiniquaise, dorénavant hiérarchisée, qui tienne compte du déclin, tout partout dans le monde, des mobilisations collectives, du repli sur la vie privée, de la consommanie, du cocooning, de l’essor des activités sportives et de loisirs,  du nouveau statut des femmes, des styles de vie intime, des rasta-vyann, de l’hédonisme exacerbé, etc.

La RCW ou RTM un contre système déstructurant/restructurant.

Dans un Réseau d’Intérêts Martiniquais, chacune des organisations élirait ou nommerait des représentants, au prorata de leurs nombres d’adhérents, qui siégeraient dans un forum, dont un exécutif d’une quinzaine de personnes qui n’exercent aucun mandat français (député, sénateur, maire conseiller général, régional, municipal-po, conseiller économique et social, culturel) et qui travaillent sur des grands dossiers (éducation, santé, agriculture, écologie, recherche scientifique, sécurité intérieur, risques majeurs, relations caribéennes et américaines, culture, information et communication, sport, etc.), des grands problèmes martiniquais. Chapeauté par un directeur/directrice politique et ses deux adjoints, (mandat non reconductible de 4 ou 5 années) cet exécutif tracerait les grandes lignes et directives de mobilisation. L’assemblée se réunirait au moins deux fois par mois, publierait un journal (quotidien d’information), gérerait une radio, un journal en ligne, une télévision on-line, financerait des petits projets socio-économiques, réorganiserait des activités de l’économie traditionnelle, etc. Cette nouvelle solidarité doit gérer l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables, le vieillissement des militants tou, initier une nouvelle pédagogie de responsabilité et impulser une nouvelle mobilisation, d’où la nécessité pour cette RCW ou RTM de se poser en contre système et c’est pourquoi les associations souverainistes et patriotiques sont essentielles à cette entreprise. C’est que ces acteurs là sont au moins conscients de la nécessité d’une rupture de la dépendance politique, économique, sociale et culturelle du pays et d’un recentrage caribéen salvateur. Les autonomistes n’ont pas tout à fait réussi à tracer les contours même du pays. Les propositions politiques autonomistes se construisent autour d’un aménagement du système féodal français (Assemblée Unique dans l’identité législative de l’art. 73 ou A.U avec la spécialité législative de l’art. 74 de la constitution française, an zatrap kòkòdò) et n’entrevoient jamais la nécessité d’un inventaire des ressources martiniquaises. 

Les contre systèmes se construisent dans une dynamique et une permanence du changement politique et social. Contrairement aux systèmes -et singulièrement les systèmes politiques- qui, parce qu’ils ont développé une « faculté d’adaptation » peuvent ignorer, temporairement je dis, les chocs et informations  qu’ils reçoivent de leur environnement, les contre systèmes sont traversés voire bombardés par un flux incessant d’informations auxquelles ils sont sommés de donner une réponse rapide et adéquate, leur survie en dépend. C’est que les systèmes protègent leur « boite noire » avec des sous-systèmes structurants et relativement structurés qui filtrent et traduisent progressivement toutes les informations que le système reçoit de son environnement. Avant qu’un mot des langues caribéennes, zombi, par exemple, pénètre la langue française (djoukdjouke’y), la littérature pas le parler français de tous les jours, il faut qu’il sorte du parler haïtien, gwadloupéen, guyanais, martiniquais ou trinidadien quotidien, qu’il prenne langue avec la littérature des pays cités puis qu’il rentre dans la langue écrite de ces pays avant d’aller tutoyer une littérature francophone de bonnes feuilles qui lui entrouvrirait les portes d’une francité qu’un dictionnaire du français courant va fixer. Après toutes ces étapes, notre zombi -djoukdjoukè de langues- n’est que l’ombre de lui-même plus vide et/ou plus vidé qu’un cercueil de minuit au travers de ton chemin quand dans ta poche, un kat-zorèy attend de retourner la terre ; plus pleurnichard qu’un akra du Vendredi Saint noyé dans une mer d’huile de tournesol rance où des « marinad lanmori » dansent la polka. Dans un contre système, il n’y a pas de filtre, il n’y a d’ailleurs pas de  « boite noire » (D. Easton) mais un centre décisionnel provisoire qui se déplace au gré des buts fondamentaux du dit contre système et des chocs (bòk) qu’il reçoit de son environnement. Compte tenu de l’absence de filtres, les informations qu’il reçoit arrivent brutes et directement dans le centre décisionnel provisoire qui les traite en fonction des buts fondamentaux et parfois renonce à un de ses buts pour traiter rapidement toutes les informations et survivre. Si tu prends le verbe de la langue française cacher qui, dans les conversations martiniquaises quotidiennes, dans un parler créole nen-fennen de pathétiques mangeurs de neige, tend à remplacer notre verbe naturel sere (tjanmay te ka leve zwèl anba seren te ka kouri sere tout kote eti makawnès te ka bay), il arrive brut sur le noyau dur du parler martiniquais, sans aucune précaution d’usage, sans mode d’emploi ni une drive sémantique même si quelques uns des locuteurs martiniquais lui affecteront un « r » salvateur pour narguer les censeurs franco maniaques, carcher, crarcher, crachrer, cachrer, casher, etc. Le verbe cacher français pulvérise en une seule  grimace le sere martiniquais qui perd même ces locuteurs les plus retirés dans les mornes.   

C’est ainsi, à mon sens, que le contre système martiniquais des années 70-80 a explosé quand le centre-gauche mittérandien est arrivé au pouvoir en France et a sorti son petit programme doucement régionaliste et faiblement décentralisateur. Toute la mobilisation pour accéder aux ressources politiques, culturelles, matérielles, spirituelles, a implosée dans ce minimum politique qui a, curieusement, multiplié les lieux de l’aliénation politique et culturelle et fossilisé le peuple martiniquais dans un protocole négriste (afro-sirik, dashiki et djenmbe doumbegedoum) dont nous ne sommes, malheureusement, pas sortis.

La RCW ou RTM se poserait comme un contre système qui d’une part reformulerait une espérance caribéenne dans la jeunesse martiniquaise et d’autre part ouvrirait enfin et de façon permanente le débat sur le devenir politique de ce pays, bref réintroduirait le politique et donc la problématique du changement dans cette population qui tarde à se faire peuple. Puisque les gouvernements français successifs poussent vers une autonomie locale strictement contrôlée (une espèce de spécialité ou spécificité législative avec un super préfet premier bwa-drese « nou koule », et des élus martiniquais obre, djòl koule) ce contre système pourrait même faire office de contre pouvoir puisque l’autonomie, même la plus large possible, n’est pas viable dans un monde totalement ouvert. Il imposerait une permanence du débat politique, rééquilibrerait partiellement les pouvoirs, ou plutôt requalifierait les petites compétences locales en pouvoirs possibles et les acteurs martiniquais issus de ce contre système auraient -nou pa’a demòd asou sa- une telle connaissance du pays qu’ils supplanteraient les colons chasseurs de prime d’un côté et les figurants martiniquais tjoupèpè, chasseurs de postes. Il s’agit d’opposer à l’anarchie actuelle et à venir, (co-entretenue par une administration française en panne « d’ambitions civilisatrices » avec son préfet gonmyephile et une concurrence morbide entre deux petites collectivités territoriales francoloniales d’une part et une césairomanie foyalaise pompeuse d’autre part), une organisation martiniquaise qui refonde le politique, repositionne le pays dans son espace caribéen naturel et dans l’ouvert monde, qui fasse enfin, sortir les jeunes de leur hédonisme niaisement agité en pragmatisme à tous vents  –de la  vakabonajri tou-  pour se construire un vrai devenir.

            

Le Gawoule-Sèptanm 70 a semé les germes d’une espérance politique martiniquaise aux quatre coins du pays. Mais en 1870, dans les chemins cahoteux et les halliers de Wanakera, la mobilisation coercitive prit le pas sur la mobilisation politique d’où un arrière pays qui n’a pas véritablement émergé de sa lenteur d’iguane ; d’où une main tendue caribéenne totalement molle même si Louis Tèlgard et quelques uns des gawoulan ont trouvé refuge à Wanalao ou Waytoukoubouli, un bras de mer caraïbe plus loin.   

Un Réseau d’Intérêts Martiniquais aujourd’hui n’est envisageable que dans une perspective caribéenne. L’aboutissement de ce réseau martiniquais suppose son implication dans un réseau caribéen plus vaste avec des buts fondamentaux, des valeurs et des normes définitivement fixés. L’aboutissement de ce contre système martiniquais suppose un système caribéen avec des états et des mouvements politiques et sociaux. Cette main tendue caribéenne que les martiniquais de 1870 n’ont pas réussi à trouver est aujourd’hui possible. C’est que des solidarités régionales façonnent comme une nouvelle carte d’interdépendance qui rend humanise la mondialisation.

Il s’agit de réunir les conditions d’un Etat martiniquais et faire circuler durablement, l’idée d’un pouvoir politique et d’un destin caribéen en pays Wanakera.

                                                                                             

Henri « Yannga » Taillefond

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