An diksionnè kreyòl/franse
Marc "Loulou" Pulvar (1936-2008)

La problématique du changement

Soixante-deux ans de non-responsabilité politique ?

  Zanndoli_cuba

Quelque part dans les colères de  jadis, « un soleil cou coupé » composait comme un écho aux errements des « zanndoli-latje-koupe » qui hantent les couloirs muets de l’histoire. Anolis carolinensis et anolis oculatus, les « zanndoli-latje-koupe », gobent les  mouches  dans des frétillements au plaisir des barbelés que l’impatience d’un kabouya prend à la gorge.  Le poète, plus que jamais fossile ou « jouet sombre au carnaval » des boutiquiers d’un césairisme décadent et déjà poussiéreux. Car enfin, cette petite phrase du Nègre fondamental " Nous avons besoin de vous car c'est grâce à vous que nous survivons", concentrait tout le ridicule nègre, d’en temps la coloniale triomphante.

Le premier ministre français était venu donner le la d’un aggiornamento administratif,  murmuré depuis un demi-siècle, outre-mer, et sur lequel, les populations de la Guadeloupe et de la Martinique avaient lourdement buté (le « chat an sak » du grand militant progressiste de la nation martiniquaise, feu Camille),  le 07 décembre 2003. Colonisées, comblées et fébriles, les populations de ces deux pays déroulent systématiquement  une liste de revendications matérialistes et pompeuses devant chaque ministre ou sous-ministre français de passage. Les peuples, guadeloupéen et martiniquais, définitivement épuisés ou abasourdis par ce délit de lèse-politique et, plus loin, de lèse-humanité, ne savent plus quels tambours cogner. Tambours djouba et tambours n’goka, tambours de-bonda et  tambours djenmbe, tambours « dibas » et tambours bambou, les tambours conjuguent l’humanité à l’infini. Un délire négro-créolo-béké débile que vomissent chaque jour Catherine, Joseph, Monique, Nadia, Serge et d’autres sur les écrans de la télévision publique, a couvert les tambours, tous les tambours, du devenir guadeloupéen et martiniquais, et jeté la jeunesse de ces deux pays dans une souffrance politique, sociale et culturelle, chaque jour, sans limites. Seule la « France continentale » (c’est avec cette expression tellement insane qu’une kouli-teson, de la télévision antillaise entreprend l’information locale) semble renvoyer à une indigeste réalité.

Les partis dits socialistes et progressistes,  guadeloupéens et martiniquais, croquent, à pleines dents, dans cette dérive matérialiste ; des âmes en perdition, l’extase des ventres pleins, on y solde même les nègres fondamentaux. Attelée à la faible culture politique caribéenne des contestataires d’hier (surtout les autonomistes), la départementalisation a modelé un super koutja antillais (la langue française dirait un « beauf ») qui entend relayer tous les euro-fantasmes, bleus d’un regard étranger, d’autant et pour autant que, entrepreneur sans le sou ni le cerveau, il ne contrôle rien. Elle a aussi façonné une dérive sociale et politique, qui compte tenu des lacunes de l’élite locale,  a épuisé, peut-être définitivement, toutes les solidarités traditionnelles caribéennes en Guadeloupe et Martinique et jusqu’aux capacités de renouvellement des ressources naturelles, sociales, politiques, humaines, culturelles et matérielles qui auraient permis de sortir de cette régression politique et humaine.  Plus loin, elle a  condamné, à une errance programmée, mendiants de l’humanité et agents pathétiques du préjugé de couleur (l’idéologie coloriste en est la version moderne),  la majorité des populations guadeloupéenne et martiniquaise, celles qui n’avaient pas pour seuls ascendants, des européens.

Quels paradigmes sociopolitiques peuvent éclairer les pistes d’une réflexion sur l’incapacité d’une telle société à produire un changement social et politique ? Quelles méthodes adopter pour établir un bilan des dégâts humains, culturels, politiques et sociaux de la départementalisation ? Quelles actions politiques encourageraient un renouvellement, même partiel, des ressources naturelles, humaines, culturelles des deux pays ? Quels nouveaux espaces politiques peuvent permettre de profiter au mieux de l’américanisation (ou caribéanisation) de l’économie et de la culture, dans cette région ?

Le développement durable de l’économie et de la culture passe par une dignité suprême qui dépasse les aggiornamentos administratifs, les statuts à la carte, les zones franche globale, les assemblées régionales unifiées, DOM, TOM, POM, ponm-tè, ponm-dlo, ponm-yann, ponm-kannèl, ponm-lawda, etc. C’est le politique qui commande l’économie, retissant, chaque jour, le lien social, travaillant de nouvelles sociabilités, de nouvelles solidarités, parfois même des styles de vie intime, des valeurs et normes qui unissent la communauté des opérateurs de marché. C’est le politique qui peut raisonner (fòk te ke fè sa brile mwen) le béké mercantiliste qui vend une bougie ou une tête de laitue pourrie dix euros cash, aux lendemains d’un ouragan. Les seules compétences politiques ne sont plus suffisantes pour entreprendre l’ouvert-monde qui ne compose qu’avec des pouvoirs politiques intégrés. C’est que les solutions, aujourd’hui, demain, sont aux quatre coins du monde et commandent une interdépendance désormais incommensurable et irréversible.

I - La départementalisation, une trop longue expérience de l’irresponsabilité politique.

Les laudateurs de la départementalisation, les hyper aliénés, les conservateurs, les sociaux démocrates et les césairistes, vantent l’affermissement de l’état sanitaire de la population (franse a tire chik an pie nèg pou’y te mande’y kous-kouri) qui a lui seul, symboliserait la justesse de cet égarement politique bissolo-césairien. Cette seule idée du « yo tire chik an pie nèg » est empreinte d’un complexe de supériorité (si ce n’est d’une  mélanophobie) des uns ou d’un complexe d’infériorité (si ce n’est d’une négrophobie) des autres, qui dans un cas comme dans l’autre, condamnerait les peuples non-européens à gober les subsides du progrès technique ou à ne jamais rentrer dans l’histoire. Ce discours euro-centré et raciste montre manifestement les lacunes des ignares qui les font circuler ou les reproduisent. L’amélioration de l’état sanitaire d’une population, (la croissance du niveau d’instruction ou du niveau de vie), est lié à l’avènement et au développement d’un Etat autochtone. En effet toute démarche évaluative n’est possible que dans un cadre géopolitique préalablement délimité.  Travaillant au refroidissement de la violence quotidienne, l’Etat autochtone assure la durabilité des ressources naturelles, matérielles, culturelles, spirituelles, politiques qui permettent les progrès techniques, sociaux, dans la population.

En dehors des ressources matérielles, un Etat colonisant ne peut assurer la durabilité des ressources ; il participe activement à la destruction des ressources culturelles, spirituelles, politiques, toutes les ressources, en exploitant au maximum et dans un temps record, les ressources naturelles non renouvelables, les ressources humaines et même une partie des ressources naturelles renouvelables. Dans ce dernier cas, tout ce que gagne une génération en termes de confort matériel est immédiatement perdu par cette même génération en terme culturel, spirituel, politique, potentiel humain (BUMIDOM), etc. D’autre part, le confort matériel gagné par une génération peut-être totalement perdu à la génération suivante.

Dans les cas guadeloupéen et martiniquais, l’Etat colonisant a développé une infrastructure de consommation, faisant circuler massivement sur ces territoires, des ressources humaines et des marchandises qui ont concurrencé directement toutes les ressources locales et bloqué tout renouvellement des ressources, toute accumulation locale. L’homo oeconomicus martiniquensis est un pathétique mangeur d’argent, aux abois dès les premières ventées  d’ouragan, dès les premières insignifiantes secousses de la terre, loin dans les profondeurs, dès les premières saccades des pompes à essence. Cette infrastructure de consommation est incapable de s’accorder avec le quatrième âge du capitalisme, celui des systèmes d’information intégrés où tous les acteurs du marché sont supposés maîtriser les mêmes flux d’informations, celui du sèbi-douvan-dèyè.  Elle n’a pas non plus intégré le troisième âge du capitalisme. A Tatann (Trinité nord-Caraïbe, presqu’île de la Caravelle) un kilo de kalikabou ou de bayòl ne se vend pas sur la base de la loi de l’offre et de la demande mais en fonction de règles obscures qui tiennent du copinage, du prestige social, de l’ethnicité (zie betje…), du « jou man pa ni ayen… », du « fandanm koukoun », etc. Et dans le restaurant-plage de Saint-Anne (extrême sud, là où le rouge-vert-noir protestataire fait commerce de liberté avec les vents), un betje ou un touriste européen est discrètement servi avant le « nègzagonal »  qui poireaute deux heures pour quatre accras en larmes. Les nèg-mawon et affranchis d’hier, une petite communauté éparpillée dans les mornes et les grands fonds  du pays, (se dèyè mòn ki ni mòn, se dèyè koule ki ni koule) avaient pu recréer ou créer comme une économie de survie dont les échos nous sont parvenus sous les formes d’un secteur informel qui, vite épuisé, a largement puisé dans les ressources caribéennes aux alentours. Ce secteur informel (machann glasaw, pistach, lotjo, sinobòl, moun bèlè/gwoka, senatè, filetè, moun lèskap, moun lasotè, moun lawviè-leza, epi dòt) comme une authenticité toute régénératrice, sans cesse marginalisée et doctement encadrée par des règlementations ultramarines, a succombé dans l’économie souterraine illicite par proximité suicidaire. La départementalisation a desservi toute initiative économique martiniquaise, parachutant sur le pays un arsenal juridique abscons et totalement étranger qui ne s’est jamais accordé à la réalité politique locale, a tué toute initiative native et a médicalisé, bondamanmannan, la société.

La départementalisation a donné ainsi un cadre juridique aux héritiers directs des délinquants  économiques d’hier (les esclavagistes). Elle a consacré la domination économique, politique, culturelle et  « raciale » de l’ethno-classe békée en court-circuitant l’histoire martiniquaise et en renforçant, manu-militari la mainmise békée sur la terre, toute la terre. Dans ces deux pays, Guadeloupe et Martinique, il n’y avait pas eu de « Congo square » ni, à la fin, un « 40 acres and a mule » de réparation  qui eussent permis l’émergence d’une paysannerie et/ou après accumulation ou nouvelle distribution, une classe de petits et moyens propriétaires. Les populations issues de la plantation esclavagiste puis post-esclavagiste furent ainsi précipitées dans l’aventure départementaliste sans aucune ressource politique. C’est ce manque de ressources politiques des acteurs guadeloupéens et martiniquais,  au départ,  qui a fait qu’un sous-système qui tourne à vide, qui ne renouvelle aucune ressource, qui ne construit aucune responsabilité, ait pu tenir soixante deux années, sans aucun réajustement. C’est également le manque de renouvellement des ressources politiques qui enfonce ces deux pays dans la dépendance vis-à-vis de la France et les éloigne, chaque jour, de leur destin caribéen ou américain malgré la mondialisation de l’économie et de la culture.

2 - L’autonomie, une responsabilité non politique.

Dans les « formations sociales » de Guadeloupe et Martinique, le projet politique d’autonomie s’adosse essentiellement sur des revendications sociales et matérialistes. De l’Assemblée Régionale Unifiée des patriotes à la gestion politique autochtone de la convention du Morne Rouge (1978, déjà) en passant par la spécialité législative de l’article 74 de constitution française, le concept d’autonomie reste flou et se présente comme un concept fourre-tout  qui n’envisage jamais un pouvoir politique autochtone. Dans ces visions autonomistes,  il n’y a pas, à proprement parler, de ressources politiques guadeloupéennes et/ou martiniquaises. Dans leur diversité, les autonomistes ont travaillé consciemment ou inconsciemment, à l’alignement d’un sous-espace social directement hérité de la plantation esclavagiste américaine sur un modèle français postindustriel. Une vague idée de « nation » a circulé et circule encore dans quelques-uns des projets autonomistes mais ce concept trop européo-centré qui renvoie savamment à la mémoire de transmission et entretient une relation forte avec la notion erronée de « race », marginalisant la géopolitique et la mémoire d’archives, ne traduit, à mon sens, aucune réalité guadeloupéenne, guyanaise ou martiniquaise. Le modèle autonomiste guadeloupéen, guyanais ou martiniquais ne fait circuler aucune ressource politique  autochtone, rien qui touche aux résistances d’hier, aux économies de survie initiées dans les mornes et grands-fonds, au communisme des mornes des premières générations, à une tradition de lutte politique caribéenne et locale, à un droit coutumier, à une spiritualité ouverte caribéenne, à une littérature politique caribéenne, à un environnement caribéen, à un travail associatif, etc. Ailleurs, dans les modèles coloniaux et postcoloniaux anglais, espagnol ou portugais, la notion d’autonomie a fait ou fait circuler, ponctuellement ou en continu, des ressources politiques autochtones,  traditionnelles parfois obsolètes, parfois timidement rénovées, invitant même au futur. Dans les cas guadeloupéens et martiniquais, le passé non maîtrisé contamine terriblement le discours sur le futur, si c’est futur.

Le modèle français, colonial, postcolonial ou néocolonial n’offre aucune marge politique aux peuples dominés. C’est un jeu à bénéfice nul, tout ce que gagne les dominants est forcément et définitivement perdu par les dominés. Ce modèle ne reconnaît pas les peuples en tant qu’ils sont des communautés politiques entreprenant leur devenir, ni même les ressources autochtones en tant qu’elles sont des lieux et outils de renouvellement des peuples. L’autonomie proposée ici n’est qu’un sous-espace économique et social articulé autour d’un bouquet de compétences politiques allochtones (tou fennen epi sa), qui n’a aucune prise réelle sur les ressources locales et est incapable d’amorcer leur renouvellement. Anfea, epi mayèt politik tala, an sanble politik natifnatal Matnik pa te ke pe menm kouri dèyè bèf an betje nan an chan patat natifnatalize. Or la politique n’est autre chose qu’une gestion rationnelle des ressources naturelles (renouvelables ou non renouvelables), humaines, culturelles, matérielles, voire spirituelles. Cette gestion rationnelle n’est pas possible sans un inventaire permanent des ressources. Sans pouvoir politique, sans un pouvoir pour orienter, voire transformer la société, préférer une ressource à une autre, intégrer et/ou désintégrer les ressources-monde, c’est la notion même de ressource qui fait problème. 

En l’absence d’un pouvoir politique caribéennement intégré, il est impossible de délimiter, le champ d’une inscription dans la mondialisation, un espace de circulation des ressources-monde et de multiplier des arrières-pays Guadeloupe/Martinique où les générations futures puiseraient quelques unes des règles d’un savoir-faire et savoir-être guadeloupéen/martiniquais. En l’absence d’un pouvoir politique caribéennement intégré, Il est impossible de penser et construire un système à paliers multiples pour l’acclimatation puis l’intégration des ressources monde, qui sauverait du chaos. Pour exemple, dans le cas guadeloupéen ou martiniquais, une ressource caribéenne (une spiritualité haïtienne, un style de vie jamaïcain, une technique médicale cubaine, une racine sainte-lucienne, un manger dominicain ou un produit industriel trinidadien) ne peut avoir le même statut qu’une ressource africaine, asiatique, européenne ou océanienne. Un modèle d’autonomie politique sans responsabilité intègre des ressources-monde en se référent continuellement à l’ancienne puissance coloniale. Cette intégration vicieuse et parfois viciée, compromet dangereusement le renouvellement même des ressources locales rendant l’expérience politique d’autonomie caduque.

Ce modèle d’autonomie non politique (autonomie à la française) cadre bien avec l’émergence d’une idéologie de l’ingérence dont le but affiché est de pallier l’effondrement du système colonial européen  à partir du 19è siècle (sauf en Guadeloupe, Guyane et Martinique) et maintenir une hégémonie européenne essoufflée. Ce modèle autonomiste guadeloupéen, guyanais ou martiniquais reste fatalement attaché à l’idéologie coloriste européenne du 18/19 è siècle.  

3 – Modernité et mondialisation plaident  en faveur d’un Etat martiniquais.

Libre associé, caribéennement intégré ou totalement interdépendant, un Etat martiniquais (guadeloupéen) aurait commandé de façon permanente un inventaire des ressources. C’est que l’édification même d’un Etat suppose cette permanence d’un inventaire des ressources. Un inventaire des ressources c’est ce moment où un peuple (les populations de Guadeloupe et de Martinique ne sont pas  le peuple guadeloupéen ou martiniquais, hein les ppmistes) prend ensemble son histoire et sa terre pour se construire un destin. C’est dans ce projet qu’il puise  toutes ses qualités de peuple. C’est ici que le peuple construit son identité qui s’exprime toujours dans une relation aux autres (autres peuples du continent et/ou du monde) et qui, toujours interroge le futur. Un inventaire des ressources repère donc les lieux et procédés de renouvellement des mêmes ressources, projette le peuple dans le devenir monde et débloque, par là même, les portes de l’expression artistique et culturelle comme lecture critique et plurielle du champ social, (le pays rêvé) c’est ici que commence le changement social et politique. Frantz Fanon a écrit quelque part dans les damnés de la terre, « c’est le combat pour l’existence nationale qui débloque la culture, lui ouvre les portes de la création », je cite de mémoire mais sur Frantz Fanon, je suis intarissable, andjèt an ti kanna. Cette projection  érige, durablement, une identité  territoriale qui  se développe dans une relation politique aux peuples de la région (l’ensemble caribéen), du continent (l’ensemble américain) et du monde, et qui fertilise le développement politique, économique et social, humain et culturel ; multipliant l’humanité prise comme « devenir humain de l’homme ». 

Libre associé, caribéennement intégré ou totalement interdépendant, seul un Etat martiniquais peut permettre la transmission de ressources martiniquaises d’une génération à une autre, améliorant ces ressources tant qualitativement que quantitativement lors du passage inter générationnel. C’est l’Etat en question qui donne un statut à chacune des ressources locales, démontrant là, leur durabilité. Cette transmission de ressources donne le ton de la modernité en ce qu’elle corrige les défaillances d’une socialisation politique jusqu’ici détournée des réalités caribéennes. La départementalisation a justement perverti cette transmission d’une génération à l’autre, parachutant massivement des styles de vie, des « être-au-monde » malsains qui ont fonctionné comme autant de ressources culturelles voire spirituelles compte tenu de la faible socialisation politique dans une société dominée. Quand une telle rupture se produit, la société dominée n’arrivant pas à digérer les nouveaux styles de vie, c’est le regard sur soi qui ne se fait pas et commande la marginalisation des ressources autochtones. C’est cette rupture qui produit la violence intra-communautaire parfois irréversible que connaissent les sociétés guadeloupéenne et martiniquaise.

Et puisque  le politique n’a pas pour seule ambition l’augmentation de salaires ou de primes de vie chère, ou le maintien de je ne sais quel congé bonifié, seul un Etat martiniquais, libre associé, caribéennement intégré ou totalement interdépendant peut refroidir durablement la violence quotidienne intra communautaire, héritée des plantations esclavagiste et post-esclavagiste américaines. En taillant sur mesure un cadre juridique aux héritiers de la délinquance économique, sociale et politique d’hier, la départementalisation a normalisé des pratiques scélérates de la plantation esclavagiste et post-esclavagiste, notamment une hiérarchie sociale, duplication impeccable de la hiérarchie raciale dans la plantation. Il faut un Etat martiniquais, caribéennement intégré, mobilisant toutes les ressources humaines, pour sortir définitivement de la plantation américaine et entrer, fap fap, dans la modernité et la mondialisation qui courent le monde.

                La départementalisation a dépolitisé, désocialisé et décivilisé même (dé-civilisation caribéenne) les pays Guadeloupe, Guyane et Martinique, agitant un bouquet de compétences qui n’arrive jamais à surmonter les insuffisances historiques d’ingénierie et de capacité de conceptualisation chez les acteurs locaux. Comme les acteurs (entreprises, associations, partis politiques, moun yonn-tou-yonn, patiti patalòd) ne perçoivent pas l’autorité politique dans les conseils régionaux, généraux, municipal…paux, alors c’est la problématique même du changement social (et politique) qui ne circule pas dans ces trois formations sociales. Sans changement social (et politique), peut-on encore parler de formation sociale, de société ?   

Un inventaire des ressources n’est donc pas une gestion de patrimoine mais une invention ou réinvention des lieux de transmission d’une génération à une autre. Il ne s’agit pas seulement de laisser aux générations futures comme si les ressources étaient inertes et non soumises à l’espace-temps, il s’agit de transformer, de travailler de façon permanente les lieux et modalités de transmission. C’est, aequo animo, une invitation à créer ou recréer l’impossible.

                                                                                                           Simao moun Wanakera

Commentaires

diyo

Yele

Lanne 2008 demare pired.
Afos tjokie tjou djab, mi yo rive la yo te pou rive.
Adan an lot dekou, kontnye bat

Mouna

C'est grâce à la départementalisation que nous sommes sortis des champs de canne du béké justement.

Djoul la

Bel pasay ! Sé an bon katjil asou lavi politik Matinik èk Gwadloup. Mé dapre mwen nou pa sav ki koté nou lé alé pas gouvèlman fransé a pli doubout ki nou èk prèmye minis la tousa pli radi ki nou. Se boug nou an se de kokodò, dapre mwen.

Makanda

L'ami, le mot nation n'a aucune connotation raciale. Une nation est une communauté historique et peut-être même de destin. Il y a bien une nation martiniquaise comme il y a une nation guadeloupéenne (Gwada) ou une nation française française ou haïtienne et nigérianne ou chinoise.On peut distinguer la nation du peuple comme tu le fais mais la nation n'est pas un concept raciste.

Jahjah

Kité gran nonm lan trantjil. Lè a rivé pou'y pozé santé'y. Se pa li tousèl ki fè "la départementalisation". Lagroziliè té ja lé Martinique vini "département français".

patrick

le constat est fait...quelles solutions...

Oncle DOM

Les madinina et guada sont heureux. alors Et vive la prime de vie chère. Man vlé an fonksyonnè.

Misye Tibray

Ye frè a, man alé adan "de la complexité de l'esclavage américain", man pa rivé bité anlè "congo square" pyès koté. Es ou pé di nou an dé mo kat pawòl kisa sa yé. What is congo square ?

Soraya, Simao moun Wanakera's daughter

"Congo Square" was a flea market where slaves sold and bought their craftman's trade, agricultural products, things which were patched up, during their days off.
This system used to exist in all british, spanish, portuguese and dutch colonies.
There anren't anyone trace of this system in the french colonies.
This "Congo Square" keepe at sunday afternoon, in the suth of the USA and in all the british colonies and the sunday, the whole day, in the spanish colonies; the saturday afternoon and the sunday in Brazil .
It worked like a safety valve and allowed for slaves and emancipate people to perfect in a domain. They were spoken about "talented negro".

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