Ranboulzad 1870 la
Woule-lanm la

"Matrice" Bèlè

 

« Matrice » Bèlè

Les musiques bèlè

de Martinique :

une référence

à un mode social alternatif

 

 

Matrice_bl_et_jbaptiste_2

Jusqu’ici, la littérature ethno-socio-politique et historique en/de Martinique enfermait le réel dans une obscure linéarité euro (voire franco) centrée où négro-africanistes, créolo-dépendants et euro-régionalistes échafaudaient les passerelles douteuses d’une identité qui ne se projette, ni ne projette, jamais.

Tanbou_bl D’un "bagay nou neg", les musiques et danses bèlè, jamais pleinement visitées, prirent les faux accents d’un folklore local ou d’un grossier mélange des genres musicaux et chorégraphiques si ce n’est d’une pâle copie de quelques survivances européennes. Le livre d’Etienne Jean-Baptiste va en profondeur, il recentre la thématique bèlè, il apporte un souffle méthodologique nouveau, il donne une pleine mesure des musiques, chants et danses bèlè de Martinique. Etienne Jean-Baptiste invite le lecteur à faire corps et cœur avec les nouveaux libres, les acteurs de la révolution antiesclavagiste de 1848 qui dans leur soif de terre et d’ancrage ont façonné ces élans de grâce et de décibels.

Quels acteurs ont patiemment et passionnément inventé cette esthétique martiniquaise ? Quels espaces sociaux nouveaux ou renouvelés ont produit ces premiers acteurs martiniquais ? Quelles logiques sociales, politiques et culturelles ont concédé le reflux et le repli folklorique de la première moitié du 20e siècle ? Quelles mobilisations et quels recentrages ont autorisé le renouveau bèlè des années 70 du 20e siècle ?

Dans son livre "Matrice" Bèlè, Etienne Jean-Baptiste répond à toutes ces questions, étudiant les symboles du bèlè et nous déportant dans la Martinique post-esclavagiste, vers 1860, où les martiniquais désormais libres, tous, construisaient un espace socioculturel original et entreprenaient une toute nouvelle propriété foncière, la complexité bèlè initie un des postulats du paradigme caribéen, cette idée d’une intégration caribéenne (un faire-système martiniquais ici) de mémoires africaines, franciennes et européennes, amérindiennes, toutes plurielles et/ou discontinues.  Toute intégration commande une/des désintégrations des parties qui composent le tout intégré.  

1.       Les origines martiniquaises du bèlè.

La problématique des origines est éternelle. Elle commande des hypothèses heuristiques qui  ramènent spontanément l’histoire coloniale au centre de toute recherche sur le réel martiniquais. Même si l’ethnomusicologie, en tant et pour autant qu’elle est une science jeune car elle travaille avec une trace enregistrée, son matériau de base, s’intéresse essentiellement aux musiques non écrites (celles issues des traditions dites orales) et sans compositeur attitré, la recherche de documents pour comprendre ce qui fait sens dans cette musique ainsi que ces rapports avec le contexte culturel qui l’a fait naître, reste un passage obligé. C’est qu’elle appelle une analyse comparée (instruments, tempo, gestes, mélodie) qui replonge forcément le chercheur dans les archives coloniales. Etienne Jean-Baptiste a réussi à éviter le piège d’une excessive comparaison en étudiant minutieusement les symboles du bèlè. Ce sont bien des origines martiniquaises qui dessinent les cercles (lawonn) et les gestes (kouri-lawonn) de la danse bèlè, qui écrivent les mélopées sur le tambour djouba, même si nous caribéanistes savons la polysémie du terme bèlè qui a pris racines dans plusieurs terres caribéennes.

Le mot bèlè viendrait il du yoruba de Nupe, bèlè, où il signifiait quelque chose comme "l’harmonie des tambours bêmbê" (sorte de tambour djouba); ou d’une de ses langues lagunaires du igbo où il définissait quelque chose comme "la chansonnette que l’on pousse pendant les travaux collectifs des champs". En Gwadloup, un bèlè est une chanson que les femmes (e les hommes tou) entonnent pendant les travaux ménagers. A Trinidad, les bèlè sont des chansons et danses sur le grand tambour, ce sont également des chansons que les compétiteurs de calypso entonnaient pour se préparer au calypso. Dans toute l’Amérique des plantations ce mot bèlè a circulé sous forme de chanson, de danses, de musiques. Nous avions validé dans un autre article cette idée d’un mot, d’un geste africain parfaitement fonctionnel qui a pu circuler en s’accrochant sur une expression créole ou même européenne, française ici.

Dans le texte d’Etienne Jean-Baptiste, le mot bèlè vient directement de l’expression créole "bel lè" qui définit l’espace inédit, le paysage (voire le pays) maîtrisé. "Ba mwen lè", "la ni an bel lè pou mete dachin an tè", autant d’expressions qui  ont pu circuler partout dans les mornes et définir un genre artistique nouveau. Dans Matrice Bèlè, le mot bèlè  renvoie à un espace neuf acheté par les nouveaux libres ou arraché sur la plantation esclavagiste.

2.       Les bèlè, une résistance culturelle martiniquaise.

Le bèlè reste un des rares espaces-temps martiniquais qui montre une accumulation en termes de connaissances, d’esthétismes, langages, etc. Il symbolise, d’après Etienne Jean-Baptiste les processus d’appropriation de la terre. Toutes les danses s’organisent autour de ces processus d’appropriation rejetant du même coup les théories folkloriques et les lieux communs qui les définissent comme musiques et danses du système esclavagiste ou des danses africaines fidèlement transplantées. Les bèlè sont post-esclavagistes et sont des contre-espace-temps de la plantation esclavagiste.

Le geste bèlè, diverse et éclaté montre bien cette origine martiniquaise post-esclavagiste. Il a poussé dans les mornes, là où la petite propriété foncière s’est imposée, Morne-des-Esses (Pérou, Bezaudin), Anses d’Arlets, Morne-Vert, etc. La soirée bèlè s’organise autour d’un chanteur, d’un tanbouye, d’un tibwatè et d’une dizaine de danseurs et danseuses. Etienne Jean-Baptiste décrit minutieusement cette musique-danse et convivialité. Les entrées de danseurs, les takpitak des tibwatè, les "pianoter le tambour", les lonbligada des danseuses, y sont répertoriés et analysés tout au long des 366 pages d’un livre riche qui donne des éclairages succins sur l’histoire martiniquaise, l’histoire réelle, celle qui dépasse la propagande coloniale poussiéreuse.

Dans Matrice Bèlè, le bèlè est entendue comme une résistance à l’organisation institutionnelle de la dépendance socio-économique et culturelle. C’est le lieu où les gens des mornes échangent, mettent en commun, des savoirs, savoirs-vivres et savoirs-êtres. Dans les mornes, les dachin, bokodji, kouchkouch, patat et manyok poussent résolument repoussant les assauts des « raisins, pommes, poires pourris ».    

3.       Le renouveau des années 70.

En pays dominé, la Martinique est un pays dominé, les mobilisations politiques marchent peu ou pas même quand la domination est clairement visible. C’est que les mobilisations politiques projettent, invitent au devenir et se démarquent subrepticement de la chose matérielle. Elles mobilisent peu de ressources matérielles et compte tenu de la faiblesse de la socialisation politique, ce sont les ressources culturelles qui donnent comme une énergie sans cesse renouvelée aux mobilisations politiques. C’est en ce sens que les révolutionnaires des années 70 ont revisité un espace-temps martiniquais totalement intégré mais endormi dans les hauteurs des Morne.  Mobilisations politiques des années 70, sont un mouvement social spécifique qui donne du volume à la recherche culturelle, et permet le renouveau du bèlè.

Le renouveau du bèlè obeit à deux mouvements, un recentrage autour du bèlè de Sainte-Marie, le bèlè qui a survécu au reflux du début du 20e siècle et un nativisme propulsé par les militants de la cause martiniquaise des années 70. Le recentrage de toutes les traditions bèlè autour du bèlè de Sainte-Marie n’a pas étouffé les autres expressions bèlè. Le bèlè lisid, le lasotè du Morne-Vert n’ont pas disparu du paysage bèlè. Au contraire ces autres formes ont trouvé là un nouveau souffle. La mobilisation politique des années 70 a extirpé le folklore dans le bèlè, toutes ces petites déviances qui reproduisaient la domination et la violence du système esclavagiste puis colonial.

                       Le bèlè est sans l’ombre d’un doute l’un des lieux les mieux intégrés de l’espace martiniquais. Il a créé un langage, une vision du monde. Par là, le bèlè s’est assuré un devenir. L’engouement pour le bèlè a dépassé le cercle des seuls militants d’une authenticité martiniquaise.

                                  Simao moun Wanakera

Matrice_bl_et_jbaptiste Matrice Bèlè, Les musiques bèlè de Martinique : une référence à un mode social alternatif, Etienne Jean-Baptiste, Collection Sim’Ekol,

Mizik label Editions,  Fort-de-France, avril 2008.

http://www.miziklabel.com 

Commentaires

Catherine

Le bruit court à Sainte-Marie que la Maison du Bèlè va fermer. info ou intox ?

Ti Jòy

J'ai entendu dire que le premier disque bèlè enregistré a été produit par Marc Loulou Pulvar, le syndicaliste récemment décédé.

Lèlène Chérie

La video fait ses affaires, j'ai pas encore lu le livre. manque de temps mais si EJB démontre que le bèlè a été créé dans les mornes après l'abolition de l'esclavage, ça vaut le détour.

milosiro

an bel pal ba misié etiène j batist bel travay.pas bèlè sé an zam ki ritadé lassimilation nou .

Jistin laphilo

Et vlan pour tous ceux qui croyaient que tambour égal Afrique Guinée. Et bèlè c'est mère-Afrique transplantée.

Soubawou

"Trio Vaïty"
en concert le 05-10-08
Habana Jazz - 19h30
9, rue Moret M° Parmentier
Conférence-débat autour du livre
"Matrice" Bèlè de Etienne Jean-Baptiste.

Soraya ek Beliya moun Wanakera

Bri kouri nouvel gaye, me fok "Kay Bèlè a" pa fèmen pas se friye-dife a. Se la bèlè a ka pran balan pou vini vidjò.

jpn

si té fo nou tombé la tousel

Pitit Telga

Oui, c'est vrai que dans ce livre il y a une méthode rigoureuse mais l'auteur dit bien que les danses bèlè sont filles de la Caleinda africaine que nos ancêtres esclaves dansaient comme le mabèlo d'aujourd'hui. Le mabèlo serait donc l'ancêtre de toutes ces danses paysannes et donc post-esclavagistes. Il y a une trace africaine même si le bèlè ne vient pas directement d'Afrique.

Albè bonm bè

Vidéo a nawflaw fròw ! Pa mantjé ayen, man pòkò li sa'w matjé a, sé ké pou apré.

Brabadap

You betcha ! Bèlè is traditionnally a vigorous trinbagonian, outdoor, group dance performed by woman in which they show their figures and fine clothes, signalling to the male drummers the change of beat they want by their body movements.

Kanmo Karayib

Hommage à Paulo Rosine
"15 ans déjà"
arrangeur-compositeur de Malavoi
Concert au Centre des Arts de Pointe-à-Pitre, le 10 10 2008 à 20h00 - orchestré par T. Chasseur et P. Rosine avec R. Thamar et M. Césaire.

gabaz

Swaré bèlè APM 1902 et Boukan

samedi 25 octobre 2008
15h00 -16h30 : Initiation au tanbou bèlè
17h00 -18h30 : Initiation à la danse
19h00 - 2h00 : Swaré bèlè
Salle Pasteur
2 rue Louis Choix
95140 GARGES LES GONESSES

Contacts :
06 37 80 18 55 – 06 79 54 92 51 – 06 30 63 08 35
Marcel 06 76 08 45 31 -
Jean Philippe 06 10 85 84 11

entrée libre/restauration sur place


Soubawou moun Karayib la

Variations Caraïbe - Dub Poetry
LKJ in Dub Poetry
Linton Kwesi Johnson and the Dennis Bowell band
Concert le 19 octobre 20h00
Maison des Cultures du Monde

Soubawou moun Karayib la

Variations Caraïbes
Joby Bernabé et Jean-Claude Montredon
Concert le 19 octobre à 20h00
Maison des Cultures du Monde

gabaz

GroovNdiz en concert
le samedi 8 novembre
à la Scène Bastille
2, bis rue des Taillandiers
75011 Paris
Prévente: 15€
Sur place: 20€

infos 06 71 02 77 19

Bidjin, mazouk, bèlè

www.myspace.com/groovndiz

Soubawou Moun Wanakera

Man Simelin Rangon 83 lanne anlè tèt li monte an galile j2di 2 novanm jou moun gloriye moun ki ja monte an galile. Man Simelin Rangon monte chante bèlè ba E. Mona, Ti Emil, Fefe Marolani epi yo tout ki ja ka bay bèlè nan memwa peyi Matnik la. An chante bèlè pou leve, "mete tanbou, mete lakalida, man di manman man ka monte oswè a..."

JDK

Man Simélin Rangon monté o filao. Sé moun bèlè, moun ki té doubout an mitan peyi Matinik la.

JDK

Byron Lee monté o filao mawdi 4 novanm. B. L sé té an mizisyen jamayiken ki té ka jwé gita bas adan an owkès yo té ka kriyé "the dragoners", yo té ka jwé kalipso èk ska. Byron Lee té ni 73 lanné anlè tèt li.

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Bonjour,
Juste une question, est ce que l'autoportrait, et le combo de couleur doivent être sur une page 40x40 ou d'autres formats sont acceptés?

Merci!
A+
Karine

jeremy

parmi les rares jeunes antillais qui sont né en france, je m'intéresse énormément au bèlè et à la culture antillaise. c'est un héritage important et la musique de notre ile me tient a coeur. je ne peux malheureusement pas me rendre aux antilles
c'est compliqué d'acheter les bouquins s'y rapportant alors si quelqu'un connait des libraires qui vendent en ligne je suis preneur!

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