Wanakera doubout
lanne 2008 la nan Karayib la

Congrès des élus du 18 12 2008

 

Historique !

Yo ba zot li pou fote, zot pipiye’y

Congres des elus 3 Il n’y a rien d’historique à l’adoption d’un article de la constitution française par une assemblée d’élus martiniquais. Il n’y a rien d’historique au projet d’une Collectivité Unique avec Assemblée Délibérante Unique, régie par l’article 74 de la constitution française. Rien qui révolutionne ou qui érige une identité politique martiniquaise, rien d’historique. Rien qui atteste d’une exception politique, ou encore moins d’un ancrage dans l’histoire politique martiniquaise, rien qui aille dans le sens de l’histoire, rien.

Congres des elus L’article 74 et la trop molle spécialité législative qui y est attachée faciliterait un accès à, disons, une autonomie  de gestion et ajoutons, là même, l’autonomie de gestion n’est pas l’autonomie politique. Et même si la loi organique qui fixera le statut de cette Collectivité Unique, utilisait toutes les ressources politico-juridiques de cet article 74, l’Etat français conservera tous les pouvoirs régaliens, défense, police, justice, monnaie, coopération caribéenne, etc. La compétence législative, en fait il s’agit d’une possibilité d’adaptation (tropicalisation) des lois françaises, strictement encadrée par le Conseil d’Etat, ne saurait aucunement suspendre voire stoppée définitivement la fin programmée du peuple martiniquais. Le "peuple" est ici entendu comme une communauté de destin politique.  Encore une fois, le peuple n’est pas la population. Il faut donc un véritable pouvoir politique, un Etat martiniquais (an djoknes katafal natifnatal) pour entreprendre une construction politique durable, une superstructure qui permette d’entrer dans la modernité, d’entreprendre et d’harmoniser un développement politique sui generis, un développement économique et social, culturel, humain et de projeter le peuple martiniquais dans l’ouvert-monde, dans le devenir monde. Il faut une écriture martiniquaise du lien social, un corrigé  des ratés de la socialisation politique qui transforme la demande sociale, la rend lisible et garantit la cohésion du pays-Martinique. Il faut un pouvoir politique qui unifie et dépasse toutes les autorités locales qui circulent dans cette société krazé (clin d’œil au sociologue A. Armet), qui donne légitimité à la nation, organise la solidarité dans la population et la redistribution équitable des ressources politiques, culturelles et matérielles, en un mot refroidit la violence interne, héritée de la plantation esclavagiste (et post-esclavagiste) euro-américaine.

Quelles compétences régaliennes pourraient faire l’objet d’un transfert si la loi organique allait jusqu’au bout des possibilités juridiques de l’article 74 ? Si le socle de l’identité législative (article 73 qui régit la Martinique depuis 1946) restait intact, de quel poids politique pèserait la nouvelle assemblée ? Quel pouvoir politique local un pays dominé et dépendant, depuis l’origine, doit-il ériger pour entreprendre, d’une part, la globalisation de l’économie et sa crise permanente, d’autre part, la continentalisation et permanence du culturel ? Quel type d’organisation administrative peut endiguer (kore èk depotjole) durablement l’anarchie dans laquelle le Pays Martinique s’enlise tous les jours ? Quelles logiques politiques ou nouvelles valeurs doit réinventer le peuple martiniquais pour sortir de la marginalisation politique et échapper à sa fin programmée ? Quel mal-conscience politique a amené les indépendantistes (patriotes, souverainistes, nationalistes, internationalistes, etc.) à s’engager avec autant de légèreté sur la voie d’un suicide politique collectif ?

L’ouvert-monde, la globalisation de l’économie, les autoroutes de l’information et de la communication, Internet, la continentalisation et la permanence du culturel, l’internationalisation des problèmes politiques, écologiques et de sécurité sanitaire et les risques majeures rendent incontournable la construction d’un Etat, paré de tous  ses pouvoirs régaliens, dans tout pays, aussi petit ou appauvri soit-il. Il faut donc un Etat martiniquais, et non une petite assemblée territoriale, pour faire circuler durablement et abondamment les ressources matérielles, culturelles et politiques arrachées au développement capitaliste dépendant. Cette Collectivité Unique qui garantirait une autonomie de gestion souhaitée par le gouvernement français (discours de décembre 2007 du premier ministre français en Guadeloupe) pérenniserait l’idéologie gestionnaire folle et infantilisante qui gangrène toute initiative martiniquaise depuis soixante trois ans et anéantirait définitivement l’idée indépendantiste, l’idée politique majeure, en Martinique.  

1-   Les limites de l’autonomie de gestion.

Les élus de Martinique réunis en congrès ont donc pris quatre résolutions  dont on peut résumer la portée par cette seule et même phrase. Le congres des élus du 18 12 2008 a adopté le principe d’une collectivité unique avec une assemblée délibérante unique, régie par l’article 74 de la constitution française et élue à la proportionnelle intégrale. Une commission ad hoc a été nommée pour prévenir l’imbroglio politico-juridique qui s’installera d’ici le feu-vert de l’Etat français, puis la consultation populaire. Le verrouillage politique ainsi institutionnalisé, à moins que le monde ne s’effondre tout autour, va donc consacrer  la fin du politique en Martinique et plus loin la fin du peuple martiniquais. Les populations survivent toujours aux peuples, elles cuvent leurs chob et litjè-koko des nuits de chantez-noëls païens. C’est que les indépendantistes martiniquais garants d’une viabilité politique du pays  ont,  dans leur quasi-diversité, suivi le dezankayè-fondamental, également petit commis local de l’Etat français, dans la gueule de la ratière. Tout krab la mò an bari a, cinquante ans de combat politique ont ainsi été livrés, bien ficelés, à l’Etat français non commanditaire. Guy Cabort-Masson, Marcel Manville, Marc Loulou Pulvar se retournent dans leur tombe. A Trinité, Degod "Kwannto" du PKLS, désabusé nous lance, "Mawsel (Manville) te ke ja voye-labou". C’est que quand tout le  socle de compétences régaliennes reste à l’Etat français, la marge de manœuvre de cette future collectivité inique se limiterait aux petites affaires insignifiantes et strictement locales, condamnant du même coup nos dézankayè et gestionnaires à une politique prométhéenne qui construirait des routes à tant que nos compatriotes békés importent des voitures.

Il fallait/il faut  sortir de la départementalisation, et c’est une urgence politique depuis décembre 1959. Mais cette pré-autonomie de l’âge de la roche-trois-pointes, dans un contexte de globalisation de l’économie, de continentalisation (caribéanisation et/ou américanisation, ici) du culturel et même des actes de vie quotidienne reste une démarche insolite sinon paradoxale, peut-être même ridicule. L’autonomie de gestion qui y serait concédée ici, validerait dans le même allant, toutes les politiques coloniales et postcoloniales présentes et à venir.

Il faut, encore une fois, sortir de la départementalisation pour exister politiquement. Mais cette nouvelle désocialisation politique, nous risquons d’en reprendre pour un demi-siècle, sans remise de peine possible, aggraverait la crise de la conscience politique martiniquaise et reproduirait un syndrome de la périphérie que notre dezankayè-fondamental semble avoir intégré depuis la présidence martiniquaise des régions ultrapériphériques européennes. L’autonomie de gestion, la tête dans le guidon, simplifie démesurément les attentes politiques, les ramenant à de vulgaires histoires de personnes, de leaders traditionnels ou charismatiques, sans patrimoine/mémoire à transmettre pour les uns, sans martyr aucun pour les autres.  

2-   Le 74-Martinique du PPM, une panne d’initiative politique.

Les élus PPM (parti progressiste martiniquais) emmenés par Serge Letchimi ont paru faire preuve de courage politique en proposant un statut à la carte pour la Martinique, présenté comme une troisième voie, "74-Martinique". Une troisième voie car des ultra-arriérés (les bouffons départementalistes, même quand l’Etat français envisage la suppression pure et simple des départements, même quand un premier ministre les invitent sagement d’aller voir dans leur région naturelle) trouvent encore des vertus à l’article 73. Bref, la troisième voie du PPM était une ridicule tentative de diversion politique. La troisième voie qui s’imposait ici c’était la voie indépendantiste, la voie d’un Etat martiniquais, libre-associé, caribéen ou totalement indépendant. La troisième voie c’était la voie de la raison.

Le "74-Martinique", un statut à la carte, dans le strict cadre de la constitution française ne diffère en rien de la collectivité unique avec assemblée délibérante unique régie par l’article 74. Il faut croire que les dirigeants du PPM ont une vieille lecture surréaliste du champ politique martiniquais et de la construction juridique française. En 2003, à la question de créer une assemblée territoriale unique régie par l’article 73 de la constitution française qui a créé le département de la Martinique en mars 1946 et dont leur leader historique Aimé Césaire fut le rapporteur, ils y ont vu un  "chat an sak"  ; moi j’aurais vu un gros mannikou volant, "ou pa’a fout manje lanmori".

La troisième voie PPM, maladroitement présentée comme une autonomie politique, comme si l’autonomie politique était possible dans la constitution française, ne déborde point du cadre de l’autonomie de gestion. Dans le cadre de l’autonomie de gestion, un socle de compétences régaliennes (défense, monnaie, police, justice, affaires extérieures) reste dans le giron de l’Etat français. Dans le cadre d’une autonomie politique, une partie des compétences régaliennes peuvent être partagées ou transférées à l’autorité politique locale.

L’autonomie politique, celle que le PPM présentait sous le slogan "autonomie pour la nation martiniquaise" et parfois même autonomie étape vers l’indépendance, c’était il y a longtemps, c’était le temps pour moi des katwoul et kalibannjo, si’w pliche se t’ak kozin ek gwo sel adan’y, cette autonomie là était politique et supposait une reconnaissance politique du peuple martiniquais.  

3-   Un Etat Martiniquais Caribéennement Intégré.

Ce sont les contre-pouvoirs qui signalent la conscience politique. Plus loin, ils sont une garantie, une condition sine qua non d’un Etat démocratique. Ils donnent quitus, non plus à une gestion de patriarche ou quelque leader charismatique mais à une projection politique. Ils s’inscrivent de fait dans le légal-rationnel. Au fond, la départementalisation ou l’autonomie de gestion, et même l’autonomie politique, quelque part, consacrent la domination traditionnelle ou même la domination charismatique, l’avènement de leaders traditionnels ou leaders charismatiques qui ne sont porteurs d’aucune compétence politique. Ce qui marche ici, se sont des petites choses de la vie quotidienne qui font le lit du clientélisme. Même si l’un des, disons, atouts de la spécialité législative, l’article 74 quand on le dépouille, c’est l’exécutif collégial, en réalité, le feuilleton polynésien nous l’a montré, les responsables de dossiers qu’on peut appeler ministre, restent dans l’ombre d’un grincheux coupeur de tête local.

L’autonomie politique et encore moins l’autonomie de gestion, puisque le socle des compétences régaliennes reste réservé à l’Etat central, ne peut projeter un peuple dans le temps. Ici et là, la désocialisation politique condamne les peuples à la construction de musée, à jouer des zwel-sere pathétiques avec l’histoire et à ne jamais envisager le futur, au culte des ancêtres esclaves, à ravir l’innocence, la naïveté de Noël à leurs propres enfants, etc. C’est l’Etat qui, en tant qu’il est une construction politique durable, dessine les contours de  la socialisation politique. Il faut donc un Etat martiniquais même libre associé avec tous les bonda-mezanmi de la terre, ou plus justement intégré au monde caribéen (interdépendance continentale)  ou encore, "soyons réalistes, exigeons l'impossible", indépendant et auto-gestionnaire, pour reconstruire une identité politique bafouée sur cette terre insulaire caribéenne.

Cette identité politique qui a elle seule résiste et redéfinit, partout dans le monde, pianmpianm ou dawlakataw, la mondialisation, amortit le choc de la modernité (de l’individuation), débloque ou re-débloque la culture, la ramenant aux réalités du monde et désarme la violence quotidienne.

Et dans l’insouciance des chantez-noëls de Martinique, aucune voix ne s’est élevée pour donner un contre-ut à la Miles Davis qui déride le manque de courage politique qui souffle sur le pays depuis décembre 59. Aucun Micho pour veiller et surveiller, makrele quoi, les chabineries d’un dezankayè charismatique, sans martyr ou les enlisements d’un leader traditionnel, sans mémoire à transmettre. Une collectivité unique avec une assemblée délibérante régie par l’article 74 de la constitution française, c’est bien la fin du politique et le triomphe de l’idéologie de gestion. Et dans les sèbi-douvan-dèyè de la politique française outre-mer, ou wè'y ou pa wè'y, là où, jeu à bénéfice nul, tout ce que gagnent les premiers est forcément perdu par les derniers, notre dezankayè-fondamantal aura misé toutes les ressources politiques héritées de 50 ans de combats indépendantistes.  Il fallait une troisième voie, celle de la responsabilité politique. Cette fin du politique est une menace directe qui pèse sur le peuple martiniquais.



Simao moun Wanakera

 

foto ta : Léandre Litampha      


 

Commentaires

milo

man ka konpren sa ou lé di a ,mé nou a didan an model la vi matinik ,ke fok pa alé two vit yo pren 5lanné pou konpren ,ke sé an sel asemblé ki fo nou an péy a, é kè yo péké pèdi rmi ni ritrait yo.(propos défendu par la droite et les békés)lidé a ou ka défen la pa ni piès politicien ka fè travay la pou édiké pèp la piti a piti sa kay vini

Soraya moun Wanakera

Pourquoi les gens se préoccupent si peu de politique? Je veux dire que les générations futures ne semblent pas être une grosse préoccupation pour notre peuple. Les jeunes sont loin de tout çà or les décisions politiques d'aujourd'hui les concernent dans le futur.

Yich E. Lakay

C'est vrai qu'il n'y a rien d'historique, c'est vrai que le gouvernement prépare depuis longtemps une réforme des institutions et l'une des pistes c'est la fusion région/département mais il ne faut pas pour autant minimiser le travail de nos deux présidents. Le problème c'est que les élus de droite sont tellement médiocres, tellement dépassés que toute petite réforme devient à la Martinique une véritable révolution.

Ti Sonson

Sé pa wou tousèl ki ka mandé an état martiniquais kòm troizièm vwa. Mi an pétision man touvé asou Internet, plis fòs :

CONGRES DU 18 DECEMBRE 2008

Auteur

Philippe CRUSOL Nelly CALOC Eric CABERIA, Monique LOGIN

Destinataire

Le peuple martiniquais

Description

A la lecture des documents préparatoires du congres du 18 décembre 2008, il semblerait que l’on veuille restreindre une fois de plus le choix des possibles du peuple Martiniquais sous prétexte qu’il ne serait pas prêt à décider de lui-même de son avenir.

Nous, pétitionnaires de ce texte revendiquons et exigeons que la question qui sera élaborée à l’issue de ce congrès et présentée au gouvernement pour une future consultation, explore toutes les possibilités statutaires reflétant de manière sincère et sans exclusive, les options politiques des Martiniquaises et des Martiniquais.

A savoir le statut quo de l’article 73, un régime d’autonomie qui sera proposé par le congrès et un statut d’indépendance association proposé aussi par le congrès.

Nous disons que la question d’une ou de deux collectivités pour la Martinique est sans objet puisque la France fusionnera à termes ces deux collectivités (Département et Région) et qu’il s’agit là d’une simple question de bon sens qu’il faille une seule collectivité pour gérer un seul territoire.

Nous souhaiterions nous prononcer cette fois ci sur la question du statut de la Martinique et non simplement sur un mode d’organisation administrative qui peut être tranché par nos élus représentants du peuple Martiniquais.

Nous demandons à nos élus de bien vouloir tout mettre en oeuvre à l’occasion de ce congrès et ce, afin de rédiger une question voisine de cette proposition :

« Quel statut pour la Martinique :
celui de l’article 73 : le statut actuel,
un régime d’autonomie tel qu’il est proposé par le congrès
un régime d’Etat associé Martiniquais à la France tel qu’il est proposé par le congrès »

Nous estimons qu’il convient de proposer cet éventail de choix au peuple Martiniquais car il traduit les trois courants de pensées politiques majeures dans ce pays et que toute limitation aux seules possibilités actuelles de la constitution française ne constituerait pas une démarche politique mais un renoncement devant l’histoire.
Le politique devant primer le droit.
Et que la France devra modifier sa constitution pour répondre aux profondes aspirations du peuple Martiniquais.

Citations

« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire ? »Voltaire

« Nous ne demandons pas l’impossible mais nous revendiquons le droit d’explorer tous les champs du possible. » Alfred MARIE JEANNE



Madeleine 972

C'est quoi la recette du chob (shrub) ? C'est la boisson vedette de la Noël non !

Tjeko

En général quand les élus de la droite font une grosse couillonnade ils la payent cash aux élections d'après. Deux élus de droite ont voté pour la résolution 1, l'article 74 et seulement 8 abstentions sur la résolution 2, la constitution d'une collectivité unique. Ils sont pas tous "arriérés" comme vous dites. Par contre, les indépendantistes ont mis tous leurs oeufs dans le même panier.


F.E.S 59

Oui mais la commission ad hoc va justement étudier toutes les possibilités de l'article 74, en extraira la substantifique moelle alors il ne faut pas dependre le manicou avant l'heure.

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