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Opinions martiniquaises

Sondeurs/sondés

Un entre-nous obligé

I adan'y

Reziyen, Latrinte, Matnik : Un des effets pervers des sondages d’opinion, en politique, c’est cette réflexivité  qui fait que les électeurs modifieraient leur vote en fonction des résultats attendus de celui-ci. Un autre effet pervers c’est ce décentrage/recentrage systématique qu’opère le discours politique en fonction des sondages qui deviennent, ainsi, un facteur de changement et ou de statut quo.

Plus qu’un effet non-voulu, un effet pervers  valide l’hyper-segmentation d’une société, cette idée que les acteurs sociaux poursuivraient des buts parfaitement rationnels. La route nationale étant toujours embouteillée entre Ajoupa-Bouillon et La Trinité, le dimanche à partir de 15 heures, les automobilistes martiniquais, les yeux dans le volant, choisiraient tous de passer par la route de La Trace, créant ainsi un vaste bouchon entre Saut-Gendarme et Bois-Lézard, stressant le trigonocéphale, la mangouste "chapeau tombé" et le manicou en concurrence avec la morue salée d'un boui-boui; la route nationale dégagée, les riverains (se pa moun Gran-Lawviè) respireraient un bon bol d’air d’un frais atlantique.   LH2 DOM "Daniel Ladieu Etudes & Stratégie SAS", une société indépendante, a mené, du 20 au 23 novembre 2009,  une enquête d’opinion, en Martinique, sur la consultation populaire du 10 janvier prochain. Cette enquête par interviews téléphoniques  a concerné 400 personnes de 18 ans et plus, résidant en Martinique. Les problèmes d’échantillonnage, maladie infantile des sondages d’opinion, semblent maîtrisés ici. Sexe, âge, commune d’habitation, catégorie socioprofessionnelle, niveau d’instruction, autant de variables indépendantes dichotomiques qui donneraient une autorité au sondage.

A l’arrivée, une photographie de l’opinion martiniquaise qui excellerait en citoyenneté, 76% des martiniquais interrogés auraient l’intention d’aller voter.  Et si l’on admet que les résultats de la consultation dépendront étroitement du taux d’abstention, alors on est forcément épaté par le taux de participation annoncée. Fè sa brile mwen, moun Matnik !  A la question du président de la République française : "Approuvez-vous la transformation de la Martinique en une collectivité d’outremer régie par l’article 74 de la Constitution, dotée d’une organisation particulière tenant compte de ses intérêts propres au sein de la République ?", nos 76% des 400 braves interrogés qui déclarent aller voter le 10 janvier 2010 répondent voter oui à 32% et non à 49%, 19% ne savent pas quoi voter.  Si l’on met ses intentions de vote en perspective le oui a gagné 11 points entre juillet et novembre, le non a perdu 4 points dans la même période. C’est au début du mois de novembre que la question est devenue officielle et le oui a gagné 9 points, en moins d’un mois. Le problème c’est que jusque là, nos braves sondés répondaient oui  ou non à un mystérieux article 74 d’une constitution française lointaine que la majorité des politiciens et personnes savantes de Martinique ne maîtrisent pas. Là, il s’agirait d’aller voter pour ou contre une collectivité d’outre-mer régie par le mystérieux article 74 et dotée d’une organisation qui tiendrait compte des "intérêts propres" de la Martinique, certes encadrés. Quel être humain, pleinement humain,  irait voter contre ses "intérêts propres"  fussent-ils encadrés ? Quel adulte digne et responsable, irait voter non à la responsabilité martiniquaise ? Quel français campé dans la modernité, irait voter non à une organisation qui tiendrait compte des intérêts propres de la Martinique au sein de la république française ?  Avec quels mots tenir un discours de la responsabilité devant un primo-délinquant  ou un écocideur en puissance (celui qui fait le lit de l'aedes aegypti en collectionnant les bwadjak), après avoir appelé à voter non à la responsabilité martiniquaise ? Il y a une distance entre ne pas voter "pour" et voter "contre" que certains de nos "responsables" politiques semblent mal-évaluer. Cette notion d’"intérêts propres au sein de la République" qui déconcerte les savants martiniquais, renvoie simplement à la possibilité d’adapter des lois françaises. Elle admet un principe simple,  la différenciation ; la Martinique insulaire et caribéenne est pensée différente de la Meuse, an tjou man deviran.  

1-   Le sondage.

Ils sont 32% des 303 personnes interrogés à résister au délire pusillanime et c’est la tranche d’âge 18-35 ans qui compte, en proportion bien sûr, le plus de partisans de la collectivité d’Outre-mer. C’est également dans  les catégories socioprofessionnelles dites inférieures qu’on compterait le plus grand nombre de partisans du changement.  Le statut actuel de la Martinique, DROM,  étant régi par l’article 73 de la constitution française, depuis 1946 puis 2003, l’on conviendra que la création d’une Collectivité d’Outre-mer régie par l’article 74 de la constitution française, représente davantage le changement qu’une Collectivité Territoriale Unique régie par l’article 73 de la même constitution française. Cette plus grande disposition des catégories socioprofessionnelles "inférieures" pour la COM interpelle ; l’on conclurait hâtivement que le niveau d’instruction fait comme un obstacle à la recherche d’intérêts collectifs. Les acteurs de catégories socioprofessionnelles "supérieures" seraient plus égoïstes et hédonistes, zavè tjou mel ki pran plon. C’est que les catégories socioprofessionnelles supérieures voteraient majoritairement  non  à une organisation particulière  tenant compte des "intérêts propres" de la Martinique au sein de la république française et plus ce sont ces catégories qui contiennent la plus faible proportion de population d’indécis. C’est dire que le déni de citoyenneté concerne la société globale, c’est dire que l’irresponsabilité orientée a façonné,  pendant 63 ans, l’être martiniquais, toutes classes sociales confondues.

Nous avons souvent validé  le primat du  discours indépendantiste (souverainistes, patriotes, caribéanistes et internationalistes) dans la formation politique et sociale Martinique. Ce sont encore les militants et sympathisants des organisations indépendantistes (MIM, CNCP, MODEMAS, PALIMA) qui se mobilisent massivement pour la COM régie par l’article 74 de la constitution française, 75%. Il faut signaler la faible proportion de militants et sympathisants autonomistes, seulement  31% des proches du RDM et de Bâtir le Pays Martinique diraient oui à la COM. Même si les indécis représentent 24% (ce qui attesterait du déficit de culture politique noté ailleurs) la supériorité des intentions de vote contre la responsabilité martiniquaise dans le camp même des partisans du président du Conseil Général et du maire du Lamentin, serait terrible. Les sympathisants et militants des groupes RDM et BPM serait la deuxième clef de la consultation du 10 janvier.  26% des partisans du PPM ont l’intention de voter oui  à la transformation de la Martinique en une COM et ont bien compris qu’on ne peut voter contre ses "intérêts propres", fussent-ils encadrés. Il faut pour la bonne intelligence politique que cette minorité soit visible dans le parti de Trénelle. Je note, amusé,  cet affreux mélange des genres, le regroupement du PCM et de la FSM, communistes et sociaux-démocrates de Martinique (ségolennistes et strausskaniens djol-koule) ne chassent jamais le même manicou depuis septembre 1957, date de la transformation de la Fédération locale du Parti Communiste Français en Parti Communiste Martiniquais.

2-   La participation.

Il semble que le 10 janvier la participation sera au maximum. Les martiniquais se mobiliseraient massivement pour aller voter contre les « intérêts propres » de la Martinique. Ce sondage confirme, le ramenant à de plus justes proportions, le suicide politique collectif annoncé. C’est d’un déficit de culture politique et, sans doute, de savoir-être martiniquais qu’il s’agit puisque les partisans du non à la COM régie par l’article 74 de la constitution française iraient massivement voter oui à la CTU régie par l’article 73, le 24 janvier, 81%, en cas d’échec du oui à la COM, le 10 janvier 2010 pensant rester dans la catégorie juridique des  départements d’outre-mer, officiellement obsolète depuis 2003.

Cette forte participation annoncée et le trop grand écart entre les intentions de vote, même si cet écart se réduit et même si le oui peut encore l’emporter le 10 janvier (si RDM et BMP réussisent à mobiliser leurs  sympathisants et militants), montrent bien un déficit de savoirs politiques, tant dans le personnel politique que dans la population. Le principe de la consultation populaire n’est pas acquis. La consultation est encore pensée comme un vote sanction, un quitus et c’est pourquoi les uns et les autres ont chevauché, chacun son camp, un article de la constitution française et s’épuisent à diviser la population martiniquaise dans des joutes ridicules. Relevons, au plus vite, que 11% des sympathisants indépendantistes voteraient non à la COM et 14% demeureraient dans l’indécision (toute la nuance est là entre voter non aux "intérêts propres" de la Martinique et ne pas voir dans la COM, une solution politique sérieuse, à moins que cette nuance là ait échappé aux sondeurs), nous avons peut-être là, le contingent des partisans de l’Etat martiniquais libre associé, intégré dans une fédération caribéenne ou pleinement indépendant. Ce sont ceux-là qui auraient pu ou dû ramener cet aggiornamento administratif à sa juste place et ainsi donner toutes latitudes à une organisation qui tienne compte des intérêts propres de la Martinique, même strictement encadrée.

Ce sont les militants et sympathisants PPM et FMP/UMP-Martinique qui se mobilisent le plus pour cette CTU (77% et 72%) mais 54% des militants et sympathisants indépendantistes iraient également voter pour. Il faut encore noter  que seulement 49% des militants et sympathisants du RDM/Bâtir le Pays Martinique se déplaceraient pour voter oui à la CTU. Il y a là, manifestement, un problème, un énorme problème, une partie de ces militants et sympathisants « autonomistes »  attendraient la troisième échéance, l’ordonnance gouvernementale qui instituerait une Assemblée Unique par fusion des deux conseils.  

Sans anticiper le destin d’une telle Collectivité Unique, c’est une loi organique qui en dessinerait les contours à la lumière des résultats des régionales de mars 2010, ce sondage montre que l’adhésion à une telle collectivité (ou de façon plus folklorique à l’article 73, c’est même un objectif pour une poignée de comiques locaux) repose sur un déficit de savoirs politiques (notamment des élus martiniquais) un déni de citoyenneté, "si le 74 passe, il y aura pas de….", les militants du PPM, FMP-UMP, FSM et les facteurs dans les mornes de Martinique, répètent machinalement. Hors PPM, les autres partisans du statut quo, semblent comprendre cette CTU comme une sorte de retour du Conseil Général d’au temps de Ti Maurice, il y a trente ans.  

3-   Une curieuse liste de personnalités.

Si l’on entend bien que Serge Letchimi, maire de Fort-de-France, 25% de la population de la Martinique, en résidence et 75% de cette même population martiniquaise chaque jour de la semaine entre 9 et 17 heures, occupe la tête du baromètre des personnalités martiniquaises, l’on comprend moins bien la présence de personnes non-élues et l’absence des deux autres députés de la Martinique (messieurs L. J. Manscour et A. Almont) du sénateur S. Larcher, des vice-présidents des conseils général et régional (messieurs Birota, Malsa, Marie-Sainte) et quelques autres. Sérieusement qui connaît monsieur Raffa ? Dans quel domaine madame Maignan, messieurs Laventure, Lessieur, Monplaisir ce sont-ils distingués ? De quelles ressources politiques secrètes ou mystérieuses disposeraient-ils pour figurer aux premiers rangs des personnalités martiniquaises avant P. Samot, maire du Lamentin (39 847 âmes et 62,32 km2), Sainte-Rose Cakin, maire de Macouba ou Nestor Azérot, maire de Sainte-Marie (19 528 bons samaritains et 44,56 km2) ou encore Alfred Monthieux, maire du Robert (23 856 robertines et robertins et 44,87 km2)? Qui ne connaît pas Marcellin Nadeau, maire et conseiller général du Prêcheur ou Luc Louison Clémenté, maire de Schoelcher (21 419 schoelchérois sur 21,17 km2) ? Où sont les jeunes maires et conseillers de Martinique ? Qui ne connaît pas Louis Boutrin, ancien conseiller régional de Bâtir le Pays Martinique et seul homme politique martiniquais, avec Garcin Malsa, à avoir écrit quatre ouvrages politiques, et partisan de cet ancrage de la Martinique "dans cet article 74" dès les années 90, bien avant la révision constitutionnelle française de 2003 ?

Dans ce petit pays où le discours politique reste totalement incohérent, les libéraux revendiquent l’Etat-providence et les nationalistes-nègres-autonomistes, l’égalité sociale constitutionnalisée, une étourderie politique ; des indépendantistes revendiquent l’autonomie fiscale et observent à une application stricte des lois françaises, un pays tjou-pou-tet en un mot, la socialisation politique échappe aux acteurs politiques (partis, institutions, associations, médias locaux, familles, écoles, etc.) et ce sous-système n’est irrigué que ponctuellement et par des attentes politiques totalement extraverties. Un pathétique spectacle de bwabwa que la télévision locale met en scène maladroitement et qui, chaque jour, travaille à sa propre fin avec des lieux communs ponctués d’un « donc par conséquent » mortel.

Et si deux pauvres ronmon, comme dirait Henriette, figuraient dans les dix premières places des personnalités politiques de Martinique alors il n’y aurait plus aucune alternative à la violence circulaire qui tourmente ce pays, chaque jour.

Simao moun wanakera

Commentaires

RMC

GRAND RASSEMBLEMENT CITOYEN
DE FORT-DE-FRANCE
POUR LE "OUI A L’ARTICLE 74"

Le Rassemblement Martiniquais pour le Changement appelle les Martiniquais à participer massivement au Grand Rassemblement Citoyen de Fort-de-France pour le "oui à l’article 74" :

Vendredi 11 décembre 2009 à 18 h 30 Au Hall des Sports du Stade Louis-Achille à Fort-de-France.
Vini kouté, kouté pou tann, tann pou konpwann

Pour le RMC, Francis CAROLE

kanmo Matnik

Le Rassemblement Martiniquais pour le Changement (RMC) invite les Martiniquais à participer massivement aux réunions citoyennes organisées avec la Municipalité de Schoelcher, pour vous informer et échanger sur les enjeux de la consultation du 10 janvier 2010.

Jeudi 17 dec, 18h : Ecole Ozanam Batelière

Vendredi 18 dec, 18h : Résidence Ravine Touza, local municipal

Samedi 19 dec, 18h : Ecole de Fond Lahaye

Nous croyons dans la force du rassemblement pour répondre aux préoccupations des Martiniquais.

Nous faisons le pari de l’information et de la pédagogie.

Contact : 0696253959

kanmo Matnik

Mercredi 16 décembre 2009 à 18h,
rue du Contrebas à Didier

M. et Mme DESROC

Invitent les résidents du quartier Morne Venté à la réunion d’information qu’ils organisent sur la consultation populaire du 10 janvier 2010.

Claude LISE

Président du Conseil général, Secrétaire général du RDM, répondra à vos questions et à vos préoccupations.

Un pas solidaire vaut mieux qu’un grand bond solitaire. Venez nombreux

Contacts : 0696812190 / 0696734413


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