Tjouns degra a
Ayiti debaba

Consultation populaire

Une défaite du Politique

Il faut renouveler l’indépendantisme martiniquais

 Matnik Bandwel Matnik  

Lakay Telga, atè Wanakera : Ce n’était qu’une consultation populaire, un simple exercice français de démocratie locale. A lire la mise en œuvre de cet exercice français de démocratie locale et les résultats de cette consultation populaire, la classe politique d’en Martinique reste largement  prisonnière de l’émotionnel et ne maîtrise pas  le politique ; une écrasante majorité de la population adulte de Martinique, et de Guyane, nie tout intérêt propre à la Guyane et à la Martinique.

Cette écrasante majorité des populations de Guyane (69,8%) et de Martinique (78,9%) a donc supprimé les pays de Guyane et de Martinique. Si vous n’avez pas d’"intérêts propres au sein de la république française", vous aspirez à être non plus un territoire avec des spécificités mais une collectivité française au même titre que les collectivités, disons, hexagonales. C’est d’ailleurs sur ce ton là que la présidence française a, dans un communiqué, entendu ce renoncement aux "libertés locales". Ces deux territoires entendent continuer à faire mentir la géographie. Mais le paradoxe est là, bien embarrassant,  36 jours, en Martinique, à battre le pavé foyalais, portant très haut le Rouge-vert-Noir de l’unité d’un peuple pour, un an après, voter pour que la Martinique perde toutes ses "spécificités de territoire d’Outremer" et devienne une collectivité territoriale française au même titre que la ville d’Aubervilliers, le département du Gers ou la Région Picardie, en France.  Et l’on peut dénoncer une campagne de la peur faite par des élus locaux aliénés et incompétents, le double langage et la confusion créée par  la position pour le moins étrange du Parti Progressiste Martiniquais, une "référence locale" en matière d’autonomie, la précipitation dans laquelle s’est faite la consultation et toutes les mauvaises qualités d’un tel exercice,  c’est la faible culture politique locale et l’adhésion de la presque totalité du courant indépendantiste au projet (c'est-à-dire l’absence d’une large opposition indépendantiste au projet, même pour déplorer les trop grandes insuffisances d’une autonomie de gestion) qui ont donné ce résultat rocambolesque.  A Sainte-Marie,  91,07% des suffrages exprimés se sont portés sur le non. C’était une consultation populaire et ce résultat ne sanctionne aucune gestion municipale, ni même une prise de position politique ; il montre qu’une écrasante majorité de samaritains a succombé au discours de la peur, à l’irrationnel et n’a pas compris la question posée. Je veux insister  sur cette incapacité des martiniquais à conceptualiser la langue d’Aimé Césaire, lire, comprendre et projeter ce qu’on lit, c’est la projection qui fait la différence. Cette incapacité à projeter, explique, en partie, cette catastrophe. Quand des politiciens mènent activement campagne contre les libertés locales,  il faut questionner leur compétence dans la langue et la culture, politique, françaises mais également leur savoir dans la langue et la culture martiniquaises.  

Les yeux dans le  guidon, sachant à peine lire une question pourtant très simple, ils ont voté massivement la  défaite de l’idée même d’autonomie et plus loin, contre le principe du politique, la réforme. Un tel renoncement au principe premier du politique pose l’urgence d’un renouvellement, d’une reconstruction, d’une réorganisation même s’il ne s’agissait que d’une consultation populaire. Or aucune démission, aucune réorganisation politique, aucune redéfinition des mots d’ordre ne semble être envisagée. Cet échec de l’idée d’une simple autonomie administrative, d’une autonomie encadrée et non-politique oblige la fin du « moratoire indépendantiste » et de l’indépendantisme institutionnel, l’avènement d’une  radicalisation indépendantiste,  et réclame le départ illico presto des leaders qui ont mené à l’aventure, disons autonomiste. Ces indépendantistes là doivent soit, reprendre le flambeau indépendantiste, ou aller gonfler les rangs des autonomistes et définir de nouveaux mots d’ordre.   Cette nouvelle démarcation, cette radicalisation indépendantiste salvatrice doit pouvoir repositionner et renforcer un contre-système politique martiniquais. Que les indépendantistes (patriotes, souverainistes, caribéanistes, guévaristes, internationalistes et altermondialistes, écologistes, telgaristes, fanonistes, ni dot dèyè) cessent de servir de portefaix à des ultra-aliénés qui se cachent depuis 1958 derrière un pompeux slogan d’ »autonomie pour la nation martiniquaise ».  

Ce n’était qu’une consultation populaire, certes mal organisée et confuse mais la photographie de l’opinion martiniquaise qui en sort,  montre bien un net recul de la culture politique martiniquaise, et de la culture martiniquaise en générale, après douze années d’idéologie gestionnaire indépendantiste. Il faut changer de cap et, à coup sûr, de capitaine.

1-   Une majorité arriérée.

Les majorités politiques écrasantes  sont toujours contraires à l’esprit même de la modernité et du débat politique. La modernité c’est l’individuation, cette idée que Madame Siltiz peut parfaitement réussir sa vie indépendamment du sort de sa communauté. Les majorités écrasantes ont lieu dans des formations sociales non segmentées où prévalent le paternalisme  et l’indistinction précapitaliste qui empêchent  de comprendre ou viser ses propres intérêts. Ces formations sociales fonctionnent comme des  sociétés traditionnelles, sans véritables classes sociales.  Ainsi l’ouvrier-agricole hyper exploité vote exactement comme le plantocrate qui l’a empoisonné avec son chloredécone et lui intime l’ordre d’aller voter sur de grands panneaux publicitaires 4X4. La majorité de la population de la Martinique est debiele-an-mitan-tèt et il semble qu’il n’y ait aucun espoir. Le fonctionnaire français, en Martinique, vote exactement comme votait son grand-père, il y  a cinquante ans, sans réfléchir. Une variable indépendante comme le niveau d’instruction jouerait peu ou pas dans les choix électoraux comme le montre un sondage, du mois de Novembre sur les intentions de vote, que j’ai minutieusement étudié sur ce blog.

Une formation sociale capitaliste dépendante, à priori sans véritables classes sociales, au sens d’une classe pour soi, et traversée par une idéologie coloriste qui dénature le conflit social et l’action politique. Ici, la racialisation des rapports sociaux de production a créé une relation dépendante atypique à la française. Le conflit social n’a jamais de prolongement politique. L’on dévale les rues de Foyal pendant un mois et aucune revendication politique ne transcende la revendication sociale. Ailleurs même le plus tèbè des ouvriers-paysans finit par construire un projet historique, la dictature du prolétariat, le communisme des mornes, la communauté des nèg-mawon, une sociale ou  une épi-religion du passé, une science prolétarienne, etc. Ici rien, on vote aux côtés de l’exploiteur, tranquillement, une occasion, unique, de transgresser l’apartheid. Le colonisé, nous dit Fanon, doit franchir les limites du bantoustan dans lequel il est jeté, même par les moyens les plus souterrains.

Cette majorité arriérée qui n’a pas réussi à penser aux intérêts de leur territoire, je ne peux plus parler de pays ni de peuple mais de territoire et de population, poussée qu’elle était par des politiciens, tout aussi, arriérés, est homogène et loin de tout modèle légal-rationnel. L’âge, le niveau d’instruction, le sexe, toutes ces variables individuelles indépendantes n’ont aucune prise sur les choix politiques. Les variables collectives contextuelles, le statut économique, religion et épi-religion, ville, morne, campagne, catégories socioprofessionnelles ne changent rien, yo anni vote toubannman ek de pie yo.    

2-   CTU-73 ou A.U-72.

Le congrès des élus de Martinique avait renoncé à doter la future collectivité d’outremer de compétences sociales et ce renoncement replaçait la collectivité d’outremer,  régie par l’article 74 de la constitution française, dans  le régime d’identité législative. Nous avons expliqué et réexplique sur ce blog, la proximité des deux régimes, Com régie par l’article 74 et CTU régie par l’article 73 quand l’exercice des compétences sociales est laissé à l’Etat central. On ne peut peser sur l’organisation d’une formation sociale si l’on n’est pas maître de la solidarité intérieure.

La collectivité territoriale unique qui sortirait de la loi organique (parce que tout autre collectivité, hors, commune, département,  région, collectivité spéciale et COM-74, est créée par la loi) après un vote positif, dimanche 24 janvier, sera très proche de la COM-assimilée qui était projetée. Elle représente le degré minimum d’autonomie administrative que permet l’actuel dispositif constitutionnel français ; la COM-spécialisée (il n’y a qu’une COM-spécialisée, La Polynésie française) est le degré maximum d’autonomie administrative dans le cadre constitutionnel français. Mais l’écrasante victoire du non à la COM-74 réduira considérablement les marges de manouvre des élus martiniquais lors des consultations en vue de l’élaboration de la loi statutaire qui organisera cette CTU, en cas d’un oui majoritaire, le 24 janvier.  Dans le cadre d’un Etat Unitaire Décentralisé, il ne peut y avoir d’autonomie politique et institutionnelle, la COM-74 ne correspondait pas à une autonomie politique et institutionnelle.

 L’Assemblée Unique après un nouvel échec, si les arriérés de droite et les socialistes arrivent à comprendre que COM-assimilée et CTU-73 s’organisent autour des mêmes domaines de compétences, conduirait au maintien des deux conseils pour ne pas tomber dans  une illégalité constitutionnelle. Une grosse incertitude pèse sur cette AU mais aussi sur la CTU-73, la trop grande majorité arriérée du 10 janvier, a affaibli l’élu local et désavantagé  gravement ces populations face au désengagement annoncé de l’Etat central. Cette majorité de la peur et de l’irrationalité, loin de trancher le débat institutionnel, indique l’urgence d’un renouvellement indépendantiste.

3-   Renouveler l’indépendantisme martiniquais.

C’est d’une consultation populaire, d’un exercice politique allogène, qu’il s’agissait mais cet exercice a montré la nécessité impérieuse de renouveler, de rajeunir, de moderniser l’idée indépendantiste, en Martinique. Cette modernisation devrait permettre l’élection d’un nouveau cap, un cap caribéen, plus ouvert sur l’environnement  naturel de la Martinique, un cap qui ne distorde la géographie et qui apaise l’histoire. C’est cette ouverture caribéenne qui permettrait de relever la culture politique martiniquaise. Une nouvelle éthique indépendantiste qui déconstruirait, durablement, la personnalisation, le culte de la personnalité, du leader éclairé dans le combat pour la liberté politique, la liberté collective.

Changer de cap, c’est aussi changer de capitaine, de leader de l’indépendantisme martiniquais. Qu’on nous comprenne bien, nous ne parlons pas d’institution française ou de présidence d’assemblée locale, nous parlons de leadership du camp indépendantiste. Il est impératif de sortir du sous-système politique français en Martinique pour prétendre mener aux destinées de l’indépendantisme martiniquais. Il faut distinguer le contre-système politique martiniquais, désormais en reconstruction, du sous-système français en Martinique,  un entre-nous politicien douteux. L’indépendantisme actuel tourne autour des performances de gestion administrative de l’édilité d’une sous-institution française.

Ce renouvèlement passe également par une plus grande place faite aux femmes dans une direction collégiale de l’indépendantisme martiniquais. Plus un peuple est dominé, plus son avant-garde politique et intellectuelle doit pouvoir mobiliser, étudiant l’histoire, toutes les ressources humaines et politiques pour déconstruire l’irrationalité qui gangrène la vie politique quotidienne. Les femmes et les jeunes sont largement dépositaires de ces ressources humaines et politiques qui renouvellent la culture, en général, la culture politique stricto sensu.   

    Dimanche 10 janvier, la crise de rationalité que traverse la Martinique depuis Mars 1946 a retardé un processus. D’autres échéances d’un aggiornamento administratif sont dorénavant inscrites dans la constitution française. C’est la construction européenne qui commande ces changements qui dépassent les politiciens martiniquais, trop arriérés.

L’indépendantisme martiniquais, une fois renouvelé, étoffera un contre-système politique martiniquais  essentiel à l’émergence de la problématique d’un Etat caribéen en Martinique.

       Simao moun Wankera

Commentaires

Dò

Sa ki rivé'w Simao, ou lévé faché ou ka mandé tèt sé lidè a. Sa vré lè ni an défèt konsa fok ni an moun ki ka démisyoné, anlòt ki ka fini epi sa...

Militant Martinique

Martiniquais, Martiniquaises
Electrices, Electeurs

Ce soir, il n’y a qu’une seule et unique perdante de cette consultation, c’est la Martinique.

Bien sûr que le non l’a emporté massivement. Est –ce pour autant la victoire d’un camp contre un autre ? Si c’était le cas, il y aurait beaucoup à désespérer de nos élus et de nos élites. Car cette victoire est en grande partie le salaire de la peur distillée de manière insidieuse et perfide.

En tous cas c’est un manque à gagner non négligeable dans la défense et la prise en compte de nos intérêts propres.

Doit on se satisfaire du fait qu’il n’y aura certainement pas de statu quo ante.

En effet par rapport à 2003, il y aura non seulement une Assemblée Unique mais aussi et surtout une Collectivité Unique.

Ce serait une simplification d’une portée symbolique puisqu’elle avait été rejetée par ceux –là mêmes qui aujourd’hui sont prêts à l’adopter.

Il risque de manquer à l’appel l’essentiel de nos Intérêts en matière de développement, d’emploi et de contrôle dans divers domaines vitaux pour le Pays.

Des négociations à venir avec le gouvernement dépendra le sort réservé aux préconisations et propositions contenues dans les rapports déjà remis.

Le monde est ainsi fait :
Il adopte ce qu’il a rejeté
Il rejette ce qu’il aurait dû adopter.

La marche vers l’émancipation et la responsabilité doit rester plus que jamais à l’ordre du jour des revendications martiniquaises.

Alfred MARIE-JEANNE
1er Secrétaire du Mouvement Indépendantiste Martiniquais
Président du Conseil Régional de Martinique
Le dimanche 10 janvier 2010

Caribbean Messenger

"I was surprised by the size of the result but not by the trend," said Marcellin Nadeau a local mayor who had backed the "yes" vote in the referendum.

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