Cúpula dos Povos
Borinquén (Puerto Rico)

Législatives françaises 2012, en Martinique

Retour au politique

Vote Nilò anlè

Sainte-Luce, Martinique : Les très nettes victoires de messieurs Jean-Philippe Nilor, 69.41% dans la circonscription du Sud ; Bruno Nestor Azérot, 55.47% dans la circonscription du Nord ; et, Alfred Marie-Jeanne, 52.43% dans la circonscription du Centre-Atlantique (il faut y associer le bon comportement électoral de messieurs Francis Carole, 29.76% à Fort-de-France, et Marcellin Nadeau lors du premier tour dans le Nord), ont validé magistralement un sain retour du politique dans un espace publique martiniquais égaré par/dans une idéologie hyper-assimilationniste et gestionnaire, dite de "l'égalité sociale",  depuis la défaite politique du Pays-Martinique lors de la consultation populaire du 10 Janvier 2010.

Alfred Marie-JeanneCes trois victoires ne sanctionnent pas la seule gouvernance désastreuse (la gouvernance n'est pas  seulement une gestion politique) du PPM et Ensemble pour une Martinique Nouvelle dans les trois principales collectivités territoriales françaises en Martinique (Conseil Général, Conseil Régional et Ville de Fort-de-France), mais bien l'insuffisance historique d'une culture politique caractéristique du PPM (Parti Progressiste Martiniquais) et assimilés. Une de leurs rhétoriques favorites était bien d'aller à l'Assemblée Nationale, euh....française, "pour donner une majorité" au président français, parfois, plus modestement, pour  "renforcer la majorité du président de la République", mais jamais pour défendre un "intérêt martiniquais" ou pour faire avancer des dossiers martiniquais, que sais-je, l'arrêt immédiat de l'épandage aérien (un écocide calculé), la fin de l'économie de comptoir, la mise en oeuvre d'une politique centrée caribéennement en direction de la jeunesse, etc. Une telle ineptie politique, continuellement ressassée en manière d'une créolistique, démontrait la faible culture politique des dirigeants du PPM. Je l'ai écrit plusieurs fois,  depuis le 22 Mars 1958, le PPM s'était contenté d'un copier/coller des positions politiques du PCM (Parti Communiste Martiniquais) dont il était, indirectement, issu ;  après la scission dans la Fédération communiste, le  24 Octobre 1956.

Analysant les résultats du scrutin de la semaine dernière, j'avais formulé deux certitudes ; la large victoire de Jean-Philippe Nilor dans toutes les communes de la Circonscription Sud, à l'exception de la commune des Trois-Ilets ; d'autre part, la victoire de Alfred Marie-Jeanne au Lamentin, en étudiant les régionales 2010 dans cette ville. La variable démographique avait fait du Lamentin une ville incontournable pour toute victoire dans cette circonscription redécoupée. Je n'avais pas vu la très nette victoire de Bruno Nestor Azérot, compte tenu de la faiblesse du nombre des suffrages qui s'était porté sur son nom dans les communes de la côte Caraïbe, lors du premier tour ; même, si gagnant au Prêcheur, largement, et à Saint-Pierre et se positionnant favorablement au Carbet, Morne-Vert, Fonds-Saint-Denis et au Morne-Rouge, Marcellin Nadeau s'y était bien comporté. Une de mes hypothèses empiriques c'est l'insignifiance des consignes de report de voix dans un espace publique faiblement politisé.  En ce deuxième tour, c'est la très forte mobilisation à Sainte-Marie (54% de participation) et les bons points à Ajoupa-Bouillon, Grand-Rivière et Saint-Joseph qui avaient donné la victoire à B. Nestor Azérot.

Bien que moins impressionnante, la victoire de Alfred Marie-Jeanne sanctionnait un avantage de la culture politique martiniquaise, fût-elle incertaine et vieillie, sur un bricolage politicien hyper-assimilationniste qui s'était installé en Martinique avec le concours du gouvernement français ultra-droite sortant et/ou sorti. Ce bricolage politicien hyper-assimilationniste avait, une nouvelle fois, axé toute sa campagne sur un anti-indépendantisme primaire ; même la droite la plus arriérée et pathétique, quand elle n'était pas ce ridicule groupuscule qu'elle est aujourd'hui, n'avait montré une telle violence anti-indépendantiste et une obstination à l'affaiblissement du peuple martiniquais. C'est ce même délire PPM (aucune opposition interne n'avait signifié son désaccord,) qui avait animé une campagne contre le principe d'un intérêt martiniquais dans la République française. Voter contre le principe d'un intérêt martiniquais, c'était nier l'existence d'un peuple martiniquais, ou même, la réalité d'une population martiniquaise avec ses spécificités locales, dans l'esprit de la constitution française, révisée en mars 2003. Voter contre le principe d'un intérêt martiniquais dans la République française, c'était aussi voter, je l'ai écrit et réécrit en 2010, contre toutes compétences des représentants politiques d'en Martinique (autrement dit, eux-mêmes) à penser les changements nécessaires et incontournables qui s'imposeront à la Martinique (en tant qu'elle est une collectivité territoriale française et/ou en tant qu'elle est une  communauté politique, c'est dire en devenir) d'autant et pour autant qu'elle est un pays colonisé dans un monde, bondamannimanman, ouvert.  Le même chantage au largage de l'ultra-droite française dans la Martinique d'hier était ressorti, sans aucune précaution d'un dépoussiérage, montrant l'inculture politique et juridique des dirigeants PPM. Touché, parfois, par un éclair de lucidité le poète de langue française reconnaissait qu'il était "entré en politique" par pur hasard ; "ils étaient venus me chercher", disait-il. Les "yich mechan" d'aujourd'hui, (pa majò pou an kaka-nen, tellement l'adjectif "mechan" de la langue martiniquaise traduit essentiellement l'original, l'exception, l'extraordinaire, "an mechan zwèzo" est une très belle jeune femme, an moun ka ni "an mechan tjak an tèt") travaillent, peut-être inconsciemment, à la destruction de la culture politique martiniquaise historique et son remplacement par une subculture politique française modelable au gré des changements politiques, outremer, an tjou man deviran.

Il reste que cette très nette victoire validerait l'hégémonie du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) dans le camp patriotique et pourrait consacrer l'indépendantisme institutionnel. Or, cet indépendantisme institutionnel, lui aussi, participe de l'épuisement les ressources politiques martiniquaises en jouant systématiquement une "coopération ouverte et digne" avec les gouvernements français successifs. Dans la "coopération digne", déterminé, l'on chercherait toujours le compromis, l'on ne s'opposerait jamais pleinement (dans la "coopération molle", ababa djol-koule, c'est bien pire), et l'on brûlerait des ressources politiques sans compter ; c'est un jeu à bénéfice nul, ce que gagnent les uns et forcément perdu par les autres ; sans une autorité politique naturelle, c'est toujours la Martinique qui perd ses ressources.   C'est que le principe d'opposition est constitutif de l'identité et de la totalité (la cohérence) des groupes politiques, il est la condition sine qua non de la dynamique des formations politiques. Il faut travailler à réactiver l'indépendantisme militant (PKLS, MPREOM, Gawoule, KLNM, Kole-tèt-kole-zepol, et d'autres) de sorte qu'il densifie et ouvre davantage le champ politique martiniquais sur l'espace caribéen naturel ; de sorte qu'il invente (ou ré-invente) de nouvelles ressources politiques. Sans ressources politiques, incessamment renouvelées, une communauté humaine sombrerait automatiquement dans la violence circulaire.

1- Législatives, une élection politique française.

J-Ph. Nilor et St. NorcaLe premier tour avait éliminé tous les candidats qui n'avaient pas bénéficié du soutien d'un parti politique local. Leurs scores furent tellement ridicules, pas plus de 2%, qu'il faudra y réfléchir, à deux fois,  avant de vouloir se présenter à un tel scrutin quand on est pas passé par ces incontournables agents de la socialisation politique que sont les partis politiques. C'est que les législatives françaises sont, par définition, politiques. Les groupes politiques sont l'élément clé de l'organisation pratique du parlement français. Or la quasi-totalité de ces petits candidats s'étaient trompés d'élections, sans le soutien d'un parti politique, ils s'étranglaient avec des promesses électorales absurdes, si nou pase nou bel.

Le premier tour avait également éliminé l'ultra-droite assimilationniste (UMP, FMP, Osons Oser, MODEM, PRM) à hauteur de 3 à 12% des suffrages. Au-delà de l'érosion habituelle de l'ultra-droite assimilationniste liée à la mutation démographique de la Martinique (une grosse part de la population en Martinique est née ou a grandi en France et ces bonnes gens, doucement citoyens, n'ont plus besoin d'affirmer leur naturelle francité dans les urnes) c'est bien l'affirmation assimilationniste  du PPM qui avait coulé l'ultra-droite assimilationniste, man te'e fout matje "zavè tjou mel ki pran plon". Je l'avais déjà montré ; avant 1981, quand la droite au pouvoir en France, mélanophobe et même mélanophage, réprimait sauvagement toute manifestation d'affirmation d'une identité martiniquaise, le PPM était présenté comme un parti nationaliste martiniquais. Boubou, dashiki, tambour gwo-ka et afro-sirik, autant de signes d'une vision du monde nègre, les militants PPM étaient fiers d'une authenticité nègre désaliénée avec pour tout projet, disons politique, une autonomie administrative dont les républicains de la Martinique de 1866 jusqu'en Avril 1900, avaient dénoncé les insurmontables  limites. Il faut distinguer deux grandes tendances dans le PPM historique, l'une réformiste et socialiste, l'autre conservatrice, toutes deux hyper-assimilationnistes. En Novembre 1960 quand Aimé Césaire prît position pour une "autonomie raisonnée" (à la suite de l'adoption du mot d'ordre d'autonomie par le PCM en février 1960) les conservateurs, Emile Maurice, V. Sablé, Marie-Anne, Adrien Régis avaient quitté le PPM et renforcé l'UNR. Il faut distinguer également deux grandes tendances dans le PPM des années 70/80, l'une "nationaliste" autour de Camille Darsières et l'autre social-démocrate (issu du Parti Socialiste Martiniquais) autour de Claude Lise, le tout arbitré par les pères fondateurs, A. Césaire et P. Aliker. Ces deux tendances avaient abrité une minorité indépendantiste et une autre ultra-départementaliste. Paradoxalement, c'est la tendance "nationaliste" qui avait montré la plus grande virulence anti-indépendantiste. En 1992, Camille Appoline Darsières avait déclaré : "le parti est contre l'indépendance". Une bévue politique, A. Césaire avait souvent "réquisitionné" C. A. Darsières ; c'est dire que cette formule ou celle du "chat an sak" ne serait pas sortie sans l'aval du poète de la négritude.  

Election hautement française, ces législatives arrivaient dans la foulée des présidentielles où le candidat social-démocrate les avait largement remportées, dans toutes les communes de Martinique à l'exception de Macouba, et donnait de facto un coup de fouet (sans jeu de mot) aux candidats de Ensemble pour une Martinique Nouvelle. C'est dire que cette belle victoire des patriotes et RDM, disons l'ex RMC (Rassemblement Martiniquais pour le Changement), validait une logique politique nouvelle, celle d'une Martinique qui ne gobait plus le discours pathétique du largage, la propagande imbécile de la Télévision publique et des hyper-assimilationnistes qui se cachaient derrière le pompeux slogan d'"autonomie pour la nation Martiniquaise".  La nation est une continuité historique,  l'autonomie politique ne vaut que pour une organisation politique, un Etat, une Cité-Etat, une Région, une Communauté, etc. 

            2- La place du local.

Lors des débats entre candidats, le discours politicien de EMN (lisez Ensemble pour une Martinique Nouvelle) avait insisté sur l'indépendantisme des candidats patriotes et même le nouveau député du Nord était pointé du doigt comme un dangereux allié des "séparatistes". EMN reprenait, sans réfléchir, le chantage, éculé, du largage. Ce discours arriéré montrait bien que nos braves députés sortants de EMN n'avaient toujours pas compris l'organisation du travail parlementaire français ou, la tête dans le guidon (Coco Lambert, Camille A. et les "banmbou"), étaient restés scotchés dans les couloirs du conseil régional de C. Darsières ou du conseil général de E. Maurice.

Le local y joue faiblement dans l'appareil législatif d'un Etat Unitaire, fût-il décentralisé. Le gros du travail parlementaire se fait en commission, c'est dire l'importance  des groupes politiques. Le député de la Martinique est un député français qu'il soit indépendantiste, autonomiste, ou Dom/Tomiste, 9 ans après la désactivation constitutionnelle du couple DOM/TOM, ou encore alvantis bouden lastic chanm loto pa kay lanmès, un mannikou-vègle, tèt-mangous, etc. Ces législatives françaises 2012 nous informent sur l'état réel des forces politiques en Martinique depuis les régionales 2010, sur l'ensemble du territoire martiniquais, abstraction faite de Fort-de-France et Schoelcher, la liste des Patriotes et sympathisants auraient bien remporté ces régionales 2010 ; mi fonmi-wouj di si'y te sèpan !.

J'avais écrit, dès le lendemain du premier tour, dans Jout-politik franse atè Matnik, lantirayis/palantjè-peyi, la certitude d'une victoire de Alfred Marie-Jeanne au Lamentin et dans les trois communes où il avait devancé son "challenger"  lors du premier tour. J'avais également écrit la large victoire de Jean-Philippe Nilor dans toutes les communes du Sud à l'exception des Trois-Ilets. J'avais aussi écrit la défaite de Francis Carole (Lo siento por nuestro ex presidente del AGEM) à Fort-de-France et j'avais pensé un scrutin très serré dans le Nord avec un net avantage, côte Caraïbe, au candidat ENM et un net avantage, côte Atlantique, sauf Le Lorrain, au candidat soutenu par le RDM (Rassemblement Démocratique Martiniquais) et les patriotes, c'étaient Saint Joseph et Ajoupa-Bouillon qui devaient faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre. Je ne suis pas tjenbwazè, ni politologue français, tout au plus un lecteur assidu de la sociologie politique d'en Martinique. Ceux qui lisent et comprennent la langue martiniquaise ont noté, puisque je l'avais souligné,  cet effet réflexif des premiers tours dans une population d'en-Martinique hyper-légitimiste où une culture politique circule faiblement.  Celui qui sort en tête lors du premier tour confirme toujours au second tour, le Robert a fait mentir (encore que !) ce postulat, sa se se moun Robè a, Yeleley Tiktik.  

            3-  Renouvellement politique.

Nilò epi Marie JeanneJ'ai souvent écrit sur le non-renouvellement politique en Martinique et plus avant sur l'impossible changement social dans une formation dépendante qui n'était pas sortie de la plantation euro-américaine, encore moins de l'économie de comptoir. Je ne vais donc pas écrire ici que la victoire de Alfred Marie-Jeanne représenterait un renouvellement politique d'autant qu'il était député français depuis quinze ans. Mais cette victoire dans une circonscription nouvelle représentait, à coup sûr, un ancrage de l'indépendantisme martiniquais habituel.

C'est dire que la très grande victoire de Jean-Philippe Nilor (69.41%) dans la circonscription du Sud invitait à repenser le renouvellement politique en Martinique non seulement en termes d'un rajeunissement mais également en terme d'une circulation d'une culture politique domiciliée, c'est ce que j'appelle l'indépendantisme martiniquais.   

Les deux élus des circonscriptions du Sud et du Centre-Atlantique, Jean-Philippe Nilor et Alfred Marie-Jeanne n'étaient pas les maires d'une des communes de la circonscription ; ce qui donnait un cachet politique à leur victoire. A Fort-de-France, monsieur Sèy Letchimi était le maire avant son aventure régionale. La circonscription avait été taillée sur mesure pour le PPM. Plus avant, la ville de Fort-de-France est restée fidèle aux "progressites" après soixante six ans de gestion PPM, parfois d'un clientélisme politique patelin.  Au regard des premier et deuxième tours, les maires l'emportent largement dans leur ville respective et se comportent bien dans les villes limitrophes. C'est la mobilisation samaritaine (un franc yeleley à mes Tantant du Morne-des-Esses) qui avait permis la victoire de Bruno Nestor Azérot mais il se comportait très bien au Marigot, par exemple. Ces "petites victoires de proximité" attestent d'une culture politique largement insuffisante.

            4. Quelle configuration de la Collectivité Martinique, en 2014.

Faut-il rappeler ici que la Collectivité Martinique sortira de ces quatre circonscriptions mal découpées ; Le Lamentin dans le Centre Atlantique n'avait aucune façade atlantique mais bien une petite façade caraïbe ; les sinistres de l'intérieur français, maîtres des civilisations, plus forts que la géographie euclidienne et Saint-Joseph, en plein mitan, comme une koukoun-chatrou, perdue dans le grand nord. C'est dire que la circonscription foyalaise avait été taillée pour le PPM, c'est dire la collusion qui avait existé entre les faux ennemis du bout-djel sur les civilisations. Au regard de ces législatives françaises 2012, ce n'est pas exagérer que de pronostiquer une configuration de la CM-2014 qui confirmerait un équilibre Patriotes martiniquais/régionalistes français. Bruno Nestor Azérot avait été soutenu par le RDM et les patriotes lors de ce deuxième tour mais  il ne semble pas du tout adhérer à cette même culture politique martiniquaise de Alfred Marie-Jeanne et Jean Philippe Nilor.

Les deux députés des circonscriptions du Sud et du  Centre-Atlantique n'avaient pas été  des maires sortants ; je fait l'hypothèse d'une faible municipalisation des "territoriales" de 2014 dans ces deux circonscriptions. Quelque soit la tête de liste, les patriotes et alliés l'emporteront. C'est qu'ici, une culture politique martiniquaise, même
affaiblie, avait circulé.

Dans la circonscription Fort-de-France, le PPM l'emportera même si le PALIMA avait construit une vraie opposition. Il faudra quatre ou cinq générations avant l'effacement de l'empreinte politique césairienne à/sur Fort-de-France ; l'héritage césairien, c'est le PPM. Dans la circonscription du Nord où la culture politique est la plus faible (parfois même une existante, au point qu'un candidat n'a trouvé aucune proposition sérieuse à faire que la redistribution de son salaire de député français, c'est dire le niveau d'inintelligence politique de la droite française en Martinique), la municipalisation jouera à fond ; la liste qui comptera un grand nombre de maires et/ou d'opposants directs aux maires (lors du premier tour, la présidente du PRM avait gagné au Robert et le vice-président de ce même parti de l'ultra-droite en Martinique, était sorti deuxième à Saint-Pierre où Marcellin Nadeau avait gagné) quand ces derniers ne sont pas présents, l'emportera.

           5. La victoire d'une culture politique martiniquaise.

C'est incontestablement la victoire d'une culture politique martiniquaise (celle née dans les luttes sociales, doucement politiques, des années 70/80) sur la subculture politique française en Martinique. Cette victoire est d'autant plus nette et belle qu'elle arrive après l'écrasante victoire du candidat social-démocrate lors des présidentielles françaises de 2012, en Martinique.

Alfred Marie Jeanne symbolise cette culture politique d'en-Martinique née dans les mobilisations en vue d'un accès aux ressources matérielles, culturelles, parfois à quelques-unes des ressources politiques, à la fin des années 70 et début des années 80. Il faut distinguer analytiquement, cette culture politique d'en-Martinique, née dans les luttes sociales et culturelles des années 70/80, de la culture politique martiniquaise née dans les mobilisations en vue d'un accès aux ressources culturelles, politiques, naturelles (le combat de l'ASSAUPAMAR, la refondation du bèlè, la promotion de la langue martiniquaise, etc.), à la fin des années 80 et dans les années 90, les deux sont, quand même, empiriquement liées.

En Martinique, la socialisation politique est faite essentiellement dans les partis politiques favorables au changement social. L'école républicaine française ne sort jamais de ses programmes scolaires planifiés depuis les bureaux parisiens et les petits martiniquais perdent la tête dans des histoires absurdes de carolingiens et mérovingiens ; les radios et les télévisions publiques locales n'ont jamais cessé de reproduire la propagande coloriste et mélanophobe. Réduisant la langue martiniquaise au répertoire des jurons et au langage de la violence intra-communautaire, les familles ne disposaient d'aucune ressource culturelle pour faire circuler une culture politique martiniquaise. C'étaient bien les indépendantismes militants qui avaient  créé des radios libres, des journaux, une littérature politique, et  fait circuler cette culture politique intrinsèquement liée à la langue martiniquaise, née dans les mobilisations des années 80 et 90.

            6-. L'indépendantisme institutionnel

L'indépendantisme institutionnel est né dans les luttes sociales des années 70/80. Activité de terrain, la revendication  syndicale, avait donné un ton ouvriériste à cet indépendantisme institutionnel, elle est faiblement politique, c'est l'une des raisons de sa stigmatisation comme un populisme. La revendication syndicale avait visé, essentiellement, une stricte application des lois sociales françaises en Martinique. C'est dire que cet indépendantisme institutionnel ne revendique jamais l'indépendance, un pouvoir politique martiniquais,  un Etat martiniquais fût il autonome. Il ne revendique qu'une "responsabilité locale", confondant parfois compétences sociales et pouvoir politique.

Cet indépendantisme institutionnel balance doucement entre une autonomie régionale, mais l'Etat français n'est pas encore un Etat unitaire régional, et une autonomie administrative largement envisageable dans un Etat Unitaire Décentralisé. L'Etat français est un Etat unitaire décentralisé, dès l'article 1 de la constitution française. On sait la confusion attisée par le PPM et l'ultra-droite en Martinique lors de la consultation populaire de Janvier 2010. L'anti-indépendantisme du PPM est né du contentieux de Rivière-Salée lors des municipales de 1977, le maire pro-PPM avait fait appel aux gendarmes (voye kriye jandàm ba yo) pour contenir la dénonciation d'une fraude électorale par l'un des leaders historiques du MIM, Marc Loulou Pulvar. Lors des législatives de 1973, un accord avait été scellé entre La Parole au Peuple (bien avant la création du MIM) et PPM pour une revendication d'évolution statutaire, Marie-Jeanne fut éliminé dès le premier tour et Aimé Césaire fut mis en ballotage pour la première fois dans la circonscription du centre ; entre les deux tours, il avait renonçé à tout évolution statutaire. C'est le contentieux de Rivière-Salée qui expliquait le "blan douvan, blan dèyè" lors de l'élection du président du Conseil Général, en 1986.

Cet  indépendantisme institutionnel (Le MIM revendiquait une Assemblée Régionale Unifiée, La CSTM, proche du MIM, revendiquait l'application des lois Auroux, L'ASSAUPAMAR, proche du MODEMAS,  revendiquait une stricte application du code français du littoral, les créolistes revendiquait un statut de langue régionale française pour la langue martiniquaise déclassée "langue créole", etc.) pensait la modernisation de la Martinique à travers un alignement sur le modèle politico-juridique français. C'est l'insuffisance de la culture politique française locale qui avait fait que la quasi-totalité de la population y avait vu une revendication indépendantiste.    

            7. Réactiver les réseaux de l'indépendantisme militant.

Non-institutionnel, l'indépendantisme militant était né dès la fin des années 60 et au début des années 70, d'un "remarquable travail de conscientisation"  d'une poignée de militants autour de Guy Cabort-Masson d'un côté et, sur un autre front, autour de quelques étudiants martiniquais revenus de France qui avaient créé le GAP. Très faiblement organisé, cet indépendantisme là dénonçait. Très vite, il avait investi le combat syndical, c'est ainsi que Frantz Agasta avait transformé, plus tard, la section F.O de Martinique en CSTM (Centrale Syndicale des Travailleurs Martiniquais), et au plan politique, il avait fédérer une poignée de groupuscules dans le MLN puis le FRONALIMA. Ces organisations politiques avaient totalement échoué.

C'est à partir de la grande grève, Chalvet Janvier/Février 1974, que cet indépendantisme militant avait pesé réellement sur le terrain à la faveur d'un liannaj GAP/GS.70 (Groupe d'Action Prolétarien et Groupe Septembre 70) et la création du syndicat UTAM (Union des Travailleurs Agricoles de la Martinique) qui, quelques années plus tard, s'était transformé en un  formidable mouvement politique, Asé Pléré Annou Lité. Il avait publié un journal, créé une radio, organisé des cours d'alphabétisation, revitalisé des lieux de la culture martiniquaise, sware-bèlè et koudmen, produit un travail théorique, popularisé l'usage et l'écriture de la langue martiniquaise maladroitement qualifiée de "créole", revisité l'histoire martiniquaise, jeté les bases d'une économie martiniquaise domiciliée, tressé un réseau de petites entreprises, (lire "Asé Pléré Annou Lité, A la croisée des chemins" de J. Mucret, R. Sae, J. Abaul), etc. Incontestablement,  ce mouvement qui s'était transformé en  CNCP (Conseil National des Comités Populaires) et dont, visiblement, une large fraction a, aujourd'hui, intégré    l'indépendantisme institutionnel, avait contribué à la construction de cette identité/culture politique martiniquaise que le PPM d'aujourd'hui s'évertue à casser, depotjole menm.

C'était cet indépendantisme militant qui, renouvelant, incessamment, les ressources politiques et culturelles d'en Martinique, permettait d'amortir le choc de l'hyper-assimilationnisme du PPM et de l'ultra-droite en Martinique mais également de freiner la dilapidation des ressources politiques martiniquaises dans la stratégie de la "coopération digne" des indépendantismes institutionnels.

                    Ces législatives françaises 2012 en Martinique ont confirmé la construction d'une culture politique domiciliée. Cependant, elle restait trop faible, compte tenu de l'effondrement des indépendantismes non-institutionnels, ou indépendantismes militants, pour envisager l'Etat martiniquais, caribéennement intégré, seule  alternative à la fin programmée du pays Martinique.  

Simao moun Wanakera también conocido como Henri Taillefond   

Commentaires

Toto

analyse très pertinente.

Kmo

Nestor Azérot 81,25% a Sainte-Marie

Patriyòt

Sé sa ou pè di ya, nou fouté yo an volé an tchou yo !

Josy@97-2

"effet réflexif" c'est quoi ça hein. Y'a un monsieur PPM qui a dit que c'est du quimbois que le Chaben a fait. ça vole bas à la Martinique

El Caco del Caribe

Naciones Unidas ratificó hoy el derecho del pueblo de Puerto Rico a la autodeterminación e independencia en una resolución adoptada por decimo tercer año consecutivo por su Comité de Descolonización.

Albè bonm-bè

Ou ka fouté fè, ou pa ka wè sé artik ou a two long. sé an lanmòd ki konsa oben kisa.

Sophia

t'as encore écrit un roman, qui c'est qui ira jusqu'au bout ?

Kanmo Matinik

Stage d’éveil à la comédie créole et au théâtre de rue : découvertes, jeux de rôles et expressions théâtrales créoles avec Téat’Lari - Théatre des cultures créoles

Du 10 au 20 juillet 2012 au CMAC - Atrium

50h / 10 jours / 150 €

Inscription : teatlari@gmail.com - 0696385482

Mat.. 972

Asé fè lafèt yo pa pi indépandantis pasé mwen.

Alex.Y

As-tu vu le monde qu'il y avait à l'aéroport pour accompagner nos trois patriotes-députés ? Ils manquent de rationnalité tes compatriotes, ça fait des centaines d'heures de travail perdues, une polution (bruits, détritus), dégradation des installations, c'est trop. Tout ça pour qu'un type, un français, aille s'asseoir dans une assemblée française. T'appelles ça une culture politique toi !

Kanmarad Dia

Dépi ki tan ou fanatik CNCP si man, ka sonjé byen lè nou té étidyan Bordeaux dan lé zanné 80 adan l'AGEM ou té épi lé bolchévik, ou chanjé i pa janmen two ta pou chanjé...

A 75

Ay dòmi !

JN

Les martiniquais votent pour le MIM mais sont contre lndépendance. Allez comprendre quelque chose

Ich politik A. Césaire

Une très grosse analyse politique j'ai quelques réserves sur la prise de position en faveur de l'indépendance du MIM. L'indépendance est un objectif politique, la Collectivité unique est un chemin pour y arriver. ça va être lent mais on peut y arriver par ce chemin là. Le MIM est dans la logique des "pettits pas" du Nègre fondamental.

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