Non-Communicable Diseases
fantefrak laliwonn lan

Municipales 2014

Logiques politiques 

d'en-Martinique  

                  Jout-politik la Marie-Thérèse Cincina

Sainte-Anne, Martinique, Caraïbe :  La déroute du candidat soutenu par Alfred Marie-Jeanne à Sainte-Anne, seulement 368 voix, 13,26% des suffrages exprimés, a validé un désaveu de la politisation des municipales 2014. En Martinique, ces élections ne sont jamais l'occasion de sanctionner une gouvernance territoriale, ni même une gestion locale, ou, plus avant, préparer une quelconque échéance électorale plus importante. Ici, l'on vote davantage pour un membre de la famille, un compère, en reconnaissance d'une solidarité ponctuelle, toutes ces petites choses (an koudmen, an lonje-pal, an lonje-lanmen, an lanmen-anlè-tjè, an dousin lèwdou-kannaval) qui facilitent la vie quotidienne, le vivre ensemble, une alchimie péléenne où le politique n'y jouerait que faiblement.                       

Le désaveu d'Alfred Marie-Jeanne, MIM, dans sa tentation de politiser les municipales 2014, n'était pas pour autant une victoire du PPM-Ensemble pour une Martinique Nouvelle même si la gouvernance de deux des communes du camp de l'hyper-"assimilationnisme", Fonds-Saint-Denis et Basse-Pointe, avait basculé  dans le camp "progressiste", le camp césairiste de l'assimilationnisme raisonné. Nous ne sommes pas ici, dans un jeu à bénéfice nul, tout ce qui est gagné par le PPM n'a pas forcément été perdu par le MIM. Hyper-légitimiste, la Martinique de Mars 2014, a largement reconduit les maires sortants, dès le premier tour ; Rodolphe Désiré, 77 ans, entame un sixième mandat au Marin ; Pierre Samot, 80 ans, a remporté, aisément, une cinquième victoire électorale au Lamentin ; et, André Lessueur, 67 ans, un cinquième mandat à Rivière-Salée. C'est la nouvelle règle de la majorité absolue, le vote d'au moins le quart des électeurs inscrits, dans les communes de 1.000 habitants et plus, qui avait permis de dégager ces nombreuses et larges victoires, dès le premier tour. Sans cette nouvelle règle, la victoire de Didier Laguerre, 51,98% des exprimés et 19,75% des inscrits, à Fort-de-France, n'aurait pas été possible dès le premier tour.  Les municipales 2014, en Martinique, n'ont produit que neuf ballotages, écourtant le débat citoyen ; la politique, plus qu'un art du compromis, une mobilisation de tous les champs du possibles. Que l'on ne se raconte pas de titim-bwa-sek, dans une population hyper-légitimiste et de faible culture politique, un territoire où la règle était à la personnalisation exacerbée de la vie politique, au culte de la personnalité, parfois le culte du commandeur politique,  la liste arrivée en tête au premier tour gagnait quasi-systématiquement au second ; l'électeur d'en-Martinique, un individu réflexif qui recalculait ses positionnements en fonction de paramètres obscurs parce que personnels mais toujours intéressés, Chak chen ka niche tèt k... li an gou kò'y disait Roland Marous, un farouche militant indépendantiste de La Trinité des années 1975-85.  

J'ai écrit ailleurs, une victoire systématique des sortants, au premier ou au deuxième tour, quand il y avait plus de trois listes d'opposition. J'avais ainsi pronostiqué la très nette victoire de la liste "Nou sav sa nou lé", à Sainte-Marie, 73,8% des exprimés et 39,71% des inscrits ; la belle victoire d'Alfred Monthieux au Robert, 57,24% des suffrages exprimés et 30,89% des inscrits ; Luc-Louison Clémenté, 61,64% (26,49% des inscrits) à Schoelcher ; la catastrophe politique de Rivière-Salée (ago anlòt dezas politik atè Lawviè-Sale, in Tjenbwa nan politik) où A. Lesueur, dernier rempart de la "droite batracienne" (cette formule est de Guy Cabort-Masson) obtenait un cinquième mandat, 57,53% des suffrages et 31,44% des inscrits ; l'impossible changement à Trinité, le social-démocrate Frédéric Buval 58,87% après quatre mandats du social-démocrate L. Joseph Manscour entre 1989 et 2014, et trois mandats d'un aîné social-démocrate, Casimir Branglidor (1903-1995), entre 1971 et 1989, et aussi, quatre mandats d'Auguste Réjon (1893-1973) entre 1945 et 1971 ; à Macouba, l'indéracinable Sainte-Rose Cakin, 61,70% des suffrages exprimés ;  la très belle victoire de la liste de E. Larcher 61,43% (26,49% des inscrits), forte d'une poétique arlésienne, toute enracinée, "tjenbé Larel pou Lézans", la langue d'en Martinique, un enchantement sans cesse renouvelé. 

La Martinique de Mars 2014 avait, enfin, réussi à porter une femme à la tête d'une municipalité, Madame Marie-Thérèse Casimirius du PPM, à Basse-Pointe, ville de naissance du poète de langue française, Aimé Césaire, par ailleurs fondateur du Parti Progressiste Martiniquais, le 22 Mars 1958. Elle avait confirmé Madame Jenny Julys-Petit au Morne-Rouge, dès le premier tour ; malgré leur appartenance au camp de l'assimilationnisme raisonné, deux femmes politiques et c'est un accent démocratique qui éroderait la figure historique du commandeur politique. Cette même Martinique de Mars 2014 n'avait pas réussi à élire, ou placer en bonne position, une jeune tête de liste ; Justin Pamphile 63,6%, qui commençait un deuxième mandat au Lorrain était, à 45 ans, le plus jeune maire de Martinique. Jean-Philippe Nilor, 45% à Sainte-Luce et en ballotage très favorable, compterait parmi les deux plus jeunes maires de Martinique, à 49 ans.  La Martinique de Mars 2014 et ses 307.262 électrices et électeurs inscrits avaient conservé une vieille tradition de faible participation dans les grandes villes (notamment, 41,06% à Fort-de-France, 45,74 au Lamentin et 48,87% à Schoelcher) malgré un vieillissement programmé de sa population ; l'âge étant une variable dichotomique efficiente dans la participation aux évènements à caractère politique. Le Prêcheur n'avait pas réussi à trouver un opposant à la gestion municipale de Marcellin Nadeau, 100% des exprimés et 52,43% des inscrits c'est dire une adhésion à la gestion du patriote et écologiste martiniquais,  largement majoritaire, au Prêcheur.

Politisant ces municipales 2014, les projetant comme un antichambre de la victoire d'en 2015, l'Assemblée Unique, une revanche sur le décompte de sa propre longévité politique, Alfred Marie-Jeanne avait miné son propre camp politique, le camp patriotique dit de la "responsabilité martiniquaise", allant jusqu'à soutenir un candidat non-écologiste et non-indépendantiste à Sainte-Anne, contre Garcin Malsa, un des fondateurs du Mouvement Indépendantiste Martiniquais. Comment expliquer qu'après deux grandes victoires aux législatives 2012 (69,41% des suffranges, J-P Nilor dans la circonscription Sud et 52,5% A. Marie-Jeanne dans la circonscription Centre-Atlantique), le MIM n'avait pas réussi à remporter une des municipalités de la circonscription Sud dès le premier tour et était même en sursis dans son fief historique, Lawviè-Pilòt ? Une des pistes serait la difficulté pour les militants et sympathisants de cette organisation politique, plus largement, les militants et sympathisants du camp de la responsabilité, voire l'ensemble des martiniquais, à lire un message politique de plus en plus flou et personnalisé outre mesure. Le mot du MIM sur RLDM (Radio Lévé Doubout Matinik), le vendredi soir, rediffusé le samedi et le dimanche, et systématiquement présenté par le seul et même Alfred Marie-Jeanne, n'arrivait jamais à dépasser les cancans de gestion (djoubap jeray) avec le PPM ou les bonnes questions du député du Centre-Atlantique à l'Assemblée Nationale française. C'est cette personnalisation de la vie politique en Martinique, une stature de commandeur d'habitation qui desservait le politique, et qui, mi-pouvoir charismatique, jamais pleinement pouvoir traditionnel, parfois doucement un pouvoir légal-rationnel, désenchantait le pays tout entier, le déterritorialisait à l'envi ; dans le monde ouvert des réseaux sociaux, Internet, RLDM-OnlineMariages pour tous, Konpa dechire-tjilòt et After-yoles, où chacun voulait  jouer avec ses propres billes selon ses propres règles, jusqu'à changer les règles en cours de jeu, un leader trop éclairé dévorerait sa relève politique directe.

 

1 - Deux femmes et 9 ballotages. 

Deux femmes, et le politique gagnait en ingéniosité, les commandeurs politiques d'en-Martinique emportés par la dynamique du changement. Depuis Madame Luce Lemaistre au Morne-Vert de 1945 à 1947, puis madame Jenny Dulys-Petit à partir de 2008, la Martinique n'avait jamais connu deux maires au féminin. La gestion municipale d'une femme ne s'écarterait guère de la gestion municipale d'un homme mais cette double gestion féminine, surtout dans le Nord, pourrait aider à sortir de cette vision du maire comme d'un commandeur d'habitation. Deux maires au féminin, mesdames Jenny Dulys-Petit (Morne-Rouge, 1549, 57,16% des suffrages exprimés) et Marie-Thérèse Casimirius  (Basse-pointe, 1498, 60,48% des suffrages exprimés) et c'est la vision même de l'autorité qui devrait être bouleversée, c'est la possibilité d'un nouveau rapport au changement social.

Ces municipales 2014 ont généré neuf ballotages dans lesquels le Gros-Morne et Rivière-Pilote présentaient une situation inédite. Ailleurs les listes arrivées en tête au premier tour devraient l'emporter au deuxième.  Si au Gros-Morne, Gibert Couturier (1113, 25,10% des suffrages exprimés) devrait bénéficier de cette dynamique du premier tour, à Rivière-Pilote, où le scrutin était très serré, 32 suffrages départageaient Lucien Veilleur du MIM et son ex huitième adjoint, Raymond Théodose, ce deuxième tour, un combat intra-patriotique, restait incertain ; c'est peut-être ici que la réflexivité notée plus haut se désagrègeait.

Ce dernier ballotage signalait une rivalité à l'intérieur du MIM, un débat politique qui n'arrivait pas à sortir,  Raymond Théodose avait bien présenté sa carte de membre du MIM, à la presse locale, mais les instances dirigeantes du mouvement politique avaient contesté cette appartenance. Une victoire de Raymond Théodose ne signifierait pas pour autant la fin du MIM à Rivière-Pilote mais plus la fin précipitée de l'ère Marie-Jeanne, la fin d'une direction unique, individuée. C'est peut-être l'imminence d'un tel scénario qui avait fait la bévue politique d'Alfred Marie-Jeanne à Sainte-Anne. 

2 - Le déclin électoral du MIM.  

Malgré un enterrement de toute revendication pleinement politique, tout mot d'ordre indépendantiste jusqu'à une revendication autonomiste (la collectivité territoriale  unique, régime 73,  et/ou la COM régime 74 ne pouvaient être assimilées à une revendication autonomiste), à l'exception de Jean-Philippe Nilor 45,26% à Sainte-Luce et Stéphanie Norca 21,80% à Rivière-Salée, les candidats MIM n'arrivaient toujours pas à dépasser la barre des 15-20%. Daniel Marie-Sainte, un poto-mitan de l'ingénierie politique et sociale locale, premier vice-président de la région Martinique pendant une douzaine d'années, n'arrivait toujours pas à mettre en ballotage un petit entrepreneur tardivement converti au politique, seulement 1811 voix, 7,12 % des inscrits et 16,64% des exprimés, au Lamentin, deuxième ville du pays.

C'est que, le MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) s'était longtemps, trop longtemps, caché derrière son leader et maire de Rivière-Pilote. Les succès électoraux de ce dernier, à Rivière-Pilote puis dans le sud de la Martinique jusqu'à toute la Martinique, avaient façonné une exception politique pilotine puis martiniquaise qui au fil du temps avait asséché tout capacité politique autour, dans le MIM et plus avant dans l'ensemble patriotique. Leader charismatique malgré lui, il n'avait montré aucune stature de résistant ou de défricheur historique, aucune science originale dans la langue et culture martiniquaises,  A. Marie-Jeanne avait épuisé toute créativité politique martiniquaise. Les postures du pouvoir charismatique ou même du pouvoir traditionnel (nous sommes ici davantage dans la tradition de l'autorité du commandeur/géreur d'habitation que dans une exception martiniquaise) tarissaient toujours les vertus du légal-rationnel dans un contexte où la culture politique ne circulait qu'occasionnellement, lors des élections françaises en Martinique.

Il y avait eu cet entretien avec Alain Rapon, dans Antilla, où l'ancien dirigeant de la Ligue de football de Martinique affirmait avoir été membre de la direction du MIM ou présenté comme tel dans l'émission "La parole au Peuple" sur RLDM, sans jamais avoir adhéré au MIM. Alfred Marie-Jeanne avait hérité de 30 années de ressources politiques indépendantistes qu'il avait épuisées dans une revendication dérisoire d'Assemblée Régionale Unifiée ou Collectivité Territoriale française. Il n'y avait pas là, l'ombre d'une autonomie politique, quelque chose qui eut supposé l'érection d'une identité juridique martiniquaise.   

3 - Des législatives 2012 aux municipales 2014.

Lors des législatives 2012, les taux d'abstentions affichés au premier et au deuxième tour étaient respectivement de 65,71% et 61,20% ; à Sainte-Luce où le taux d'abstention au deuxième tour était de 47,99%, 2389 suffrages (soit 69,41%) s'étaient alors portés sur le candidat Jean-philippe Nilor. A Rivière-Salée, 1174 voix s'étaient portées sur le candidat Jean-Philippe Nilor et sa colistière Stéphanie Norca, il faut signaler la présence du candidat A. Lesueur alors maire de Rivière-Salée ; pour ces municipales 2014, 1171 suffrages (21,80%) se sont portés sur la liste conduite par Stéphanie Norca, à quatre voix près, une équation parfaite qui autorisait à penser qu'une liste commune écologiste et patriote aurait produit une autre, et plus grande, dynamique ; et la liste qui avait compté le plus grand nombre de voix légitimait, logiquement, son initiateur.

C'est peut-être ce défaut d'un arrangement dès le premier tour à Rivière-Salée entre patriotes et écologistes qui avait poussé A. Marie-Jeanne à commettre le faux-pas de Sainte-Anne. Il n'est pas question d'un cancan d'après élections mais de comprendre le cheminement d'un désaccord politique majeur. Je noterai, à la décharge du MIM, que Stéphanie Norca, alors suppléante du député en exercice, était bien la candidate naturelle de l'opposition au maire trop longtemps en place. Mais en politique, dans une dynamique de rassemblement, on ne peut jouer bévue contre bévue, la carence de vigilance politique de Sainte-Anne a rompu une trève bienveillante qui durait depuis 2009-2010.

 Des législatives 2012 aux municipales 2014, le souffle patriotique était tombé. C'est cet  enlisement dans une opposition, essentiellement gestionnaire, au PPM, ce qui démontrait une proximité quant aux objectifs politiques, le régionalisme césairien, qui avait arrêté net l'élan patriotique en question. Garcin Malsa gagnera dimanche, à Saint-Anne, l'insignifiance des phénomènes de report de voix, l'électeur réflexif d'entre-deux tours, les abstentionnistes du premier tour qui voteraient systématiquement pour le candidat qui sortait en tête (tèt-chouval li douvan, foute fè !), l'incongruité d'une alliance droite séculaire, assimilationniste raisonné PPM et candidat soutenu par Marie-Jeanne et d'autres petites choses qui échappaient à l'analyse mais participaient de la bonne personnalité martiniquaise. 

 

4 - Si Jean-Philippe Nilor gagnait à Sainte Luce.

Tout plaidait pour une victoire de Jean-Philippe Nilor à Sainte-Luce. Les électeurs d'en-Martinique confirmaient toujours le candidat qui arrivait en tête au premier tour. Les abstentionnistes, 42,55% à Sainte-Luce, venaint toujours appuyer la tendance du premier tour et les reports de voix étaient souvent insignifiants dans le contexte martiniquais des municipales. La tradition électorale d'en-Martinique montre que les électeurs n'obéissaient jamais aux consignes politiques. Il n'y avait franchement, rien de fort qui militait  contre la victoire de Jean-Philippe Nilor à Sainte-Luce.

Une telle victoire reformulerait, surtout en cas d'une défaite de Lucien Veilleur à Rivière-Pilote, le leadership du MIM. Au cas où le MIM conserverait son bastion historique, les changements nécessaires seraient reportés sine die. Dans tous les cas, le débat politique autour du leadership du MIM semblait déjà engagé et, l'étourderie de Sainte-Anne avait validé une urgence à entreprendre ces changements nécessaires.       

Les élections municipales, bien qu'indirectement politiques, restaient la porte d'entrée politique des martiniquais. C'est le seul moment où tous, y compris les nombreux abstentionnistes, font comme un inventaire des menaces qui pesaient sur la société martiniquaise même s'ils n'envisageaient jamais leur relation au "fondé de pouvoir", au commandeur politique ; c'est ce qui fait que ces municipales ne sont jamais franchement politiques. Tu pouvait être député français mais si tu n'étais pas ou n'avait pas été, maire d'une commune de Martinique, tu n'avais pas de statut politique à proprement parler ; si Jean-Philippe Nilor devenait maire de Sainte-Luce, il cesserait d'être le simple "fils politique" d'Alfred Marie-Jeanne, et le leader du MIM tomberait son costume de commandeur politique pour celui de leader politique, maîtrisant parfaitement l'espace-temps Martinique et à l'écoute de tous.

5 - Garcin Malsa, Sainte-Anne, Martinique

J'ai souvent écrit que la municipalité de Sainte-Anne en Martinique était la seule à entreprendre le politique ; il faut toujours associer la municipalité de Sainte-Anne à celle du Prêcheur. Le seul moment politique en Martinique, en dehors des régionales (les cantonales n'étaient qu'une forme affadie des municipales) et des élections françaises, législatives et présidentielles,  c'était bien cette Marche de la Réparation, de Sainte-Anne au Prêcheur, du 11 au 21 Mai, chaque année, depuis 14 ans. Les commémorations Sonhe 22 Me, Gloriye Sektanm 1870 et Desanm 59, n'étaient pas, à proprement parler, des évènements politiques.

Cette Marche de la Réparation avait fait circuler des revendications crypto-politiques, trop étroitement identitaires, trop afrocentrées et/ou afrocentristes, parfois même simplement "noiristes" ("blackism will save the world"), indigénistes, à mon sens, mais c'est le seul moment où le peuple martiniquais affirmait comme un continuum historique, une bonne communication avec les ancêtres (l'on se choisirait ses ancêtres), quelque chose qui tenait de l'iwì egúngún de la langue et culture yoruba, bref une évaluation, encore sommaire, de son parcours en tant que peuple martiniquais et pour autant qu'il était un peuple. Ailleurs, le MODEMAS, auquel il fallait toujours associer l'ASSAUPAMAR, était bien la seule organisation politique d'En-Martinique qui avait entrepris l'indispensable inventaire des ressources martiniquaises, les ressources naturelles renouvelables (la forêt d'Ajoupa-Bouillon par exemple), les ressources naturelles non-renouvelables (la savane des pétrifications, par exemple), les ressources matérielles, les ressources culturelles, les ressources politiques, les ressources humaines et même les ressources spirituelles, ba yo lè pou yo pase !

C'est dire que même si Garcin Malsa (1103 et 39,73% des suffrages exprimés) devra, lui aussi, envisager sa retraite en tant qu'acteur politique, le moment venu,  la provocation d'Alfred Marie-Jeanne à Sainte-Anne avait pu signifier à l'ensemble du camp de la responsabilité martiniquaise (CNCP-APAL, MIM, MODEMAS, PCM, PALIMA, RDM) l'affirmation éhontée d'une hégémonie du MIM dans ce camp de la responsabilité et, au MIM, un leadership individué, incontesté et incontestable, Alfred Marie-Jeanne, les autres comme de simples collaborateurs et jamais des partenaires.

 

6 - La Collectivité unique, une farce institutionnelle, euh... française. 

Cette collectivité unique qui fusionnera les compétences du Conseil Général et du Conseil Régional, se métamorphosera très vite en Collectivité d'Outremer du régime 74, quelque soit la majorité politique, camp  de la responsabilité ou PPM/EMN-la chimère troisième voie, et ne pourra survivre institutionnellement sans une ascendance régulière de l'Etat français. Or, l'Etat français se désengageait sur tous les fronts institutionnels et la Martinique entamait une intégration régionale, OECS, CARICOM, AEC qui, même en tant que simple membre associé, supposait un pouvoir politique domicilié, c'est dire le plein exercice de toutes les compétences sociales d'une collectivité.

Le leader du MIM, un démiurge du politique d'en-Martinique, tellement les autres étaient séduits (zie'y ka brile zie tout moun oliwon), avait fait de la présidence du conseil exécutif d'une telle collectivité, l'aboutissement de sa vie politique. Un homme politique c'est d'abord une ambition, fût elle fugace. Mais ramener tout le discours politique martiniquais à l'avènement d'une collectivité territoriale unique, française ; gaspiller toutes les ressources politiques accumulées en quarante ans de mobilisation indépendantiste pour un affiquet institutionnel français (ba'ay eti nou pe'e menm sa demare an bèf betje nan savann eti betje ni pou ta yo epi sa) relèvait non plus de l'ambition politique mais du syndrome de la périphérie. Pourtant Alfred Marie-Jeanne était l'un des rares hommes politiques d'en-Martinique à tenir debout devant quelques commis administratifs et politiciens français.

Les territoriales 2015 mettront face à face deux versions du régionalisme césairien ;  d'un côté les assimilationnistes raisonnés qui avaient intégré, tout ou partie des ultra-assimilationnistes (la droite ultra-assimilationniste arrive à peine à passer la barre des 5% à Fort-de-France) et qui avaient hérité de l'essentiel du discours régionaliste césairien et qui entendaient continuer, sans la réformant en profondeur, la catastrophe politique départementaliste ; et, de l'autre le camp de la responsabilité qui revendiquait sa part de l'héritage césairien mais ne voulait pas assumer la catastrophe départementaliste. La responsabilité supposait une autorité politique Martinique, quelque chose qui allait plus loin qu'une poignée de compétences fiscales dans le cadre d'un aggiornamento administratif et/ou institutionnel, une identité juridique martiniquaise, le plein exercice de quelques-uns des pouvoirs régaliens d'un Etat. Alfred Marie-Jeanne n'avait plus l'énergie politique d'un tel idéal. 

 

                        La maladresse politique de Sainte-Anne a souligné une des insuffisances majeures de la formation politique Martinique, la faible circulation de ressources politiques à l'intérieur même des partis politiques (lieu, unique, de socialisation politique d'en-Martinique, l'école et les médias de masse dispensaient une culture politique euro-centrée et toujours "chargée"/connotée, racialement) qui fonctionnaient comme une habitation où un commandeur (parfois il ne s'agissait que d'un simple mèt-savann) règlementait la vie du parti à coup-de-gueule ou coup-de-sang. La modernité c'est d'abord, l'individuation, Man Philomène, 75 ans, zouk-lòv du samedi soir et after-yole, tout pour rendre fou un commandeur d'habitation.

 Simao moun Wanakera

 

Commentaires

O' Gash

Ou ja wè tousa bagay. Ou ka fè tjenbwa ?

lapousianka

Wopa !
Fwa tala sé épi an dékoup 613 ou twavail, amplis disa ou mété an iris adan pou ayen pa dépasé ?
Mèsi ompil, pou dé mo kat pawol tala asou mou menm nou menm lan pawol bwen di bwen ékri tout moun té dwet ka li sa ou ka maké.
Mé sé konsa
Pou nou kontinyé sonjé Twa ka ... sa sé
" éleksyon baye menm "

Poétic Justice

Donc selon votre analyse, Antiste, Couturier, Ecanvil, Hayot, Lavenaire, Malsa, Mencé,Nilor et Veilleur vont gagner au deuxième tour, pourquoi perdre son temps en crachat et argent à organiser un deuxième tour ? Autrement votre concept de "commandeur politique" est très pertinent.

Piè

BARRER LA ROUTE A LA RÉACTION !
Pour des raisons qui lui sont propres, le Groupe Révolution Socialiste (G.R.S.) n’a donné aucune consigne de vote publique au premier tour des élections municipales et ses militants-e-s n’étaient présent-e-s sur aucune liste d’aucune commune, à une exception près.
Nous estimons néanmoins nécessaire de prendre clairement position concernant le deuxième tour à Sainte-Anne. Nous constatons en effet que dans cette ville se déroule une confrontation hautement significative. Contre un maire et une équipe municipale représentant un symbole de la résistance à la dilapidation des terres agricoles, au saccage de l’environnement, à l’arrogance coloniale, au racisme dominant s’est formé un étrange attelage, une véritable soup a kongo, allant curieusement de la droite la plus affirmée au patriote indépendantiste Alfred Marie-Jeanne. Il est inutile de demander à qui servirait le déchoukaj de Garcin Malsa si par extraordinaire la coalition contre-nature l’emportait ! Au-delà des différences et divergences, nous appelons donc à barrer la route à l’opération réactionnaire en se servant du seul bulletin possible : celui de Garcin MALSA.
Groupe Révolution Socialiste

Le Socialiste de la Trinité

La Jeunesse Indépendantiste de Trinité entre 1979 et 1981, vous étiez seulement trois, Roland Marous, Tikok, et "l'intellectuel colonisé" Henri Taillefond. c'est Garcin Malsa qui vous a formé, Marcel Manville aussi un petit peu, je sais des choses moi aussi.

L'oeil de Manscour

tu as écris :"l'impossible changement à Trinité, le social-démocrate Frédéric Buval 58,87% après quatre mandats du social-démocrate L. Joseph Manscour entre 1989 et 2014, et trois mandats d'un aîné social-démocrate, Casimir Branglidor (1903-1995), entre 1971 et 1989, et aussi, quatre mandats d'Auguste Réjon (1893-1973) entre 1945 et 1971" et dis toi bien que ça va durer longtemps, à Trinité on a la social-démocratie éternelle. Bon dieu ka jété zieu anlè yich li ou pa kontan

info Mat.

Sainte-Luce : le taux de participation à 16:00 est de 63,52 %

La Socialista de  Trinidad

ça n'a pas marché ton histoire d'"électeur réflexif", d'abstentionnistes qui confirment les résultats du premier tour, ça n'a pas marché a Sainte-Anne et ça n'a pas marché à Sainte-Luce. A quand un article, en français, pour nous expliquer pourquoi ça n'a pas marché pour tes amis indépendantistes..

Assaupamar

ASSAUPAMAR
Marche sur le liottoral vers Grande Anse des Salines
dimanche 13 Avril à 8H30
ASSAUPAMAR - IMMEUBLE CANAVALIA - RESIDENCE DU SQUARE - PLACE D'ARMES, 97232 Le Lamentin

ASSAUPAMAR

Cher adhérent (e), Cher sympathisant (e),

Nous t’invitons à participer à la sortie pédagogique que nous organisons :

LE DIMANCHE 13 AVRIL 2014 A FOND MOUSTIQUES

Il s’agit d’une marche sur littoral vers Grande Anse des Salines

Rendez-vous : 8 H 30 Anse Meunier (sur la route des Salines entrée à droite)

Déroulement de la matinée :
Lecture et interprétation du paysage Exposé sur formation géologique la plus anciennement émergée de la proto Martinique dite du complexe de Fond Moustiques et les Mornes Calcaires de la Péninsule de
SAINTE-ANNE. Et implications de ce fait géologique sur existant de la flore et de la faune de ces biotopes (connectivité biologique). Notion d’Illustration par l’exemple du Ti Mabouya.

Prévoir : de bonnes chaussures de marche – chapeau – eau

Contacts : 0596 51 58 84 / 0596 56 91 89 / 0696 27 78 41

Le Président

Henri LOUIS-REGIS

Carib.Mess

Former president Arthur Napoleon Raymond Robinson, who was the only person to have served as both head of state and prime minister of Trinidad and Tobago, died Wednesday at the private St. Clair Medical Hospital on the outskirts of the Port-Of-Spain where he had been a patient since March 8. Arthur Robinson was 87.

GEREC

Latè tranblé Matinik, Mèwkrèdi a 10 minit avan sentjè, 4.2 asou léchel Richtè a, 76 kilomèt anba-tè a 38 kilomèt kabestè-lisid-kabestè Sentàn. Si'w té ka matjé'y konsa nou té ké konprann pi flouz.

Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire

Vos informations

(Le nom et l'adresse email sont obligatoires. L'adresse email ne sera pas affichée avec le commentaire.)